Comment vivre avec les réfugiés

Un endroit pour se retrouver dans la diversité/fevrier 2015 elisabeth cadot

« MIGRApolis » à Bonn : un lieu pour se retrouver dans la diversité/fevrier 2015/ photo elisabeth cadot

 

 

 

 

 

 

 

 

Des manifestations qui rappellent celles du Ku Klux Klan, et cela en Allemagne … de quoi en avoir un haut-le-cœur. C’est pourtant ce qui vient de se passer en pleine Ruhr  – autrefois le cœur de l’industrie lourde et de ses syndicats . Une vingtaine de néo-nazis, pour certains cagoulés, torches à la main et vociférants ont défilé, le 6 février dernier, à la nuit tombée devant un foyer de demandeurs d’asile de Dortmund. Sur leur vidéo en ligne, on ne peut voir que des silhouettes mais les braillements menaçants sont audibles sur la bande-son. Les images diffusées et commentées à la télévision publique (ARD) interpellent…

Dortmund est la ville qui affiche le plus haut taux de chômage de la Ruhr : 12,6%. La ville a subi plusieurs chocs économiques (fermeture de mines, licenciements massifs etc… ). Sur ce terreau social laminé, l’extrême droite néo-nazie a su s’implanter. D’après les services de sécurité allemands, la cellule (Kreisverband) de Dortmund – environ 80 néo-nazis – serait la plus active du parti « die Rechte ».

Alors faut-il y voir une vraie menace ? Certes le nombre d’attaques contre les foyers demandeurs d’asile est en augmentation par rapport à 2013. On en dénombre quelques 150 en 2014.

Découvrir un peu d’Afrique

Mais, loin des caméras de télévision, je rencontre une autre Allemagne. Discrète et pleine d’humanité. Comme cette femme, conteuse de son métier, qui au hasard d’une rencontre à un arrêt de bus, prend en main un jeune réfugié Erythréen, complètement perdu et ballotté de service social en service social à travers toute l’Allemagne. Elle n’hésite pas – elle et son mari – à lui offrir un toit pour la nuit. Mais plus encore, ils décident de l’accompagner dans la suite de son installation, lui rendent visite dans son foyer pour jeunes mineurs (Clearingshaus) et réfléchissent même à une procédure de tutelle pour lui permettre d’habiter dans leur maison. Pour eux, il ne s’agit pas de charité, mais « d’une rencontre » qui leur a « déjà apporté énormément… ». Au passage ils découvrent un peu l’Afrique…Je précise qu’il s’agit d’une conversation nouée par hasard autour d’un thé, et pas d’un travail de recherche journalistique. Quelques jours plus tard, je tombe sur une voisine très âgée, de plus de 80 ans, qui me raconte en riant qu’elle héberge depuis plusieurs mois une famille de réfugiés syriens. Cinq personnes. Parfois dit-elle en souriant, « j’ai du mal à retrouver mes affaires dans la cuisine. » Mais visiblement cela ne la trouble pas beaucoup. Elle s’intéresse aux enfants qui parlent déjà allemand. Le père a trouvé un petit boulot, mais, m’explique-t-elle « cela ne suffit pas pour un loyer… » Les voilà donc installés provisoirement dans un quartier plutôt aisé, grâce à cette vieille dame, loin des drames des premiers arrivants dans les foyers d’hébergement.

Poussée de fièvre

Plus de 629 000 réfugiés vivent actuellement en Allemagne. Un chiffre donné par le gouvernement dans une réponse au parti de gauche die Linke. C’est une augmentation de 133 000 par rapport à l’année dernière! La grande majorité des migrants sont des Européens mais les autres fuient des pays en guerre comme la Syrie, l’Irak, la Libye ou des régimes dictatoriaux, comme l’Érythrée. L’Islam inquiète les Allemands comme l’a montré la poussée de fièvre Pegida (Européens patriotes contre l’islamisation de l’occident) – qui semble d’ailleurs s’essouffler. Pourtant, dans le même temps, les initiatives se multiplient pour venir en aide aux réfugiés y compris des demandeurs d’asile déboutés par la justice : c’est le cas des quelques 200 Eglises protestantes et catholiques qui accueillent 359 personnes – dont plus d’une centaine d’enfants – , d’après les statistiques du mois de janvier – et provoquent ainsi la colère du ministre de l’intérieur Thomas de Maizière pour lequel il s’agit « d’un abus du droit d’asile de l’église. »

De leur côté de nombreuses communes essayent d’organiser le mieux possible l’arrivée des nouveaux réfugiés, comme en témoigne le reportage de Sébastien Martineau diffusé en janvier 2015 dans l’émission « Allemagne Europe » de la Deutsche Welle. Mais elles sont de plus en plus débordées. Pourtant la spécialiste des questions de politique intérieure au sein du parti die Linke rappelle que « les réfugiés ne représentent au total que 1% de la population allemande », comme elle l’a confié au journal « Kölner Stadt-Anzeiger ». C’est moins que dans les années 90 : à l’époque on comptabilisait plus d’un million de réfugiés. « On ne peut donc en aucun cas parler de surcharge » estime-t-elle.

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Une réflexion au sujet de « Comment vivre avec les réfugiés »

  1. Je ne peux que confirmer tes deux observations : d’un côté, l’impressionnante mobilisation de beaucoup d’habitants pour aider les réfugiés (et c’était beaucoup moins le cas au début des années 1990 d’après ce qu’on m’a dit) et de l’autre un racisme désinhibé. Pegida y a contribué, mais il y avait déjà eu les manifestations contre la grande mosquée de Cologne il y a quelques années.
    Un exemple récent: un type vient pour relever les compteurs électriques chez moi. La soixantaine. Jamais vu de ma vie. Et pourtant, il ne lui a fallu que deux minutes pour commencer à me servir ses pensées profondes sur l’islamisation de la société. Pourquoi ? Il pense me convertir à ses vues ? Il semble persuadé en tout cas qu’il me rend service en m’éclairant ainsi.
    Au moins, la presse ne se met pas (trop) à brosser ce public dans le sens du poil. C’était le cas dans les années 1990 (y compris Spiegel). Et le gouvernement fédéral semble plutôt d’avis qu’il faut accueillir les réfugiés le mieux possible (sans leur donner trop d’espoir tout de même, faut pas déconner).
    Enfin, la meilleure chose que pourrait faire le gouvernement (comme la France d’ailleurs) pour ces gens, c’est d’arrêter de vendre des armes aux quatre coins du monde. Après la kalachnikov, les fusils allemands sont quand même les plus vendus au monde.

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