Faut-il aider la Grèce?

Il a beau s’appeler « planet Hellas – the greek modern style » le restaurant grec de mon quartier avec ses caoutchoucs poussiéreux en vitrine ressemble beaucoup à une gargote allemande des années 50-60. Il ne paye pas de mine, mais il est là depuis toujours. Normal en quelque sorte.

Plus de 30% des Grecs vivant en Allemagne sont des petits entrepreneurs. Ils contribuent au dynamisme de l'économie

Plus de 30% des Grecs vivant en Allemagne sont des petits entrepreneurs. Ils contribuent au dynamisme de l’économie

Pourtant malgré la banalité de la relation entre Grecs et Allemands, rien n’agite autant les passions que le débat sur l’aide à ce pays. Un conseil : évitez ce thème qu’il lors d’un dîner : cela risque de se terminer très mal. Et cela fait six ans que cela dure, aussi longtemps que la crise. Il m’a fallu, je le reconnais, un certain temps pour comprendre le fond du problème en 2008 : « Vous voulez perdre tous vos acquis sociaux ? » me jette à la figure une collègue lors des premiers plans d’aide aux pays en détresse – au premier rang desquels la Grèce. Depuis, les arguments « Nous ne sommes pas la vache à lait de la Grèce » ou «  Pourquoi ne payent-ils pas leurs impôts comme tout le monde ? » sont répétés en boucle. Pour de nombreux Allemands la gabegie de la gestion étatique grecque – jusqu’à la manipulation des chiffres présentés en son temps à la commission européenne– est insupportable. Des arguments orchestrés et savamment amplifiés par le journal populiste à grand tirage « BILD ».

Un psychodrame orchestré

La classe politique elle-même en est divisée. La crise grecque provoque des situations absurdes : des députés conservateurs du parti d’Angela Merkel – la CDU- ont de facto volé au secours du parti d’extrême-gauche grec Syriza en votant le 27. février pour la prolongation du Plan d’aide européen. Un vote qui a donné « des maux de ventre » à plusieurs d’entre eux. La Gauche (die Linke) aussi a dû voter contre sa conviction : certes en faveur du plan d’aide européen à la Grèce – mais aux conditions draconiennes imposées par l’ex troika. Insupportable pour l’emblématique député Sara Wagenknecht, qui du coup, en signe de protestation vis à vis de son parti, vient d’annoncer qu’elle ne se présenterait pas sa candidature à la direction de die Linke.

Quant à la presse allemande, elle suit avec minutie tous les faits et gestes du gouvernement grec. Ce qui contribue à dramatiser la situation, d’autant plus que le gouvernement Tsipras, dans un mélange d’inexpérience, de fanfaronnade et de rouerie s’en donne à cœur joie. La journée du 6 mars en est un bel exemple. Au petit-déjeuner les lecteurs de la Süddeutsche découvre que « Tsipras a appelé Juncker à l’aide » . D’après la correspondante à Bruxelles, le chef du gouvernement grec aurait appelé le Président de la Commission européenne pour lui demander une réunion d’urgence le jour même, réunion qui lui a d’ailleurs été refusée. Une information démentie plus tard par les Grecs qui parlent seulement d’un coup de téléphone. Un peu plus tard l’agence Reuters-allemagne titre  : « la Grèce à nouveau sur un cap de collision avec ses créanciers ». Et le soir,  la Süddeutsche Zeitung-online publie une interview intitulée  « Le ministre des Affaires étrangères grec critique la politique de l’UE avec la Russie » Griechischer Außenminister kritisiert Russland-Politik der EU . Le Spiegel, quant à lui, ferme le ban avec une nouvelle information : « Athènes va demander à de simples citoyens de récupérer des impôts ». Curieusement pourtant, dans ce flot d’information, le remboursement par la Grèce de quelques 310 millions au Fond Monétaire International, est noyé.

En réalité, la structure démocratique allemande – parce qu’elle oblige le passage devant le Bundestag, le Parlement pour toute dépense – oblige à jouer carte sur table : l’Allemagne s’est portée garante pour environ (les chiffres varient) 75 milliards d’Euro à la Grèce. Et ce n’est sans doute pas terminé. Les députés allemands doivent expliquer à leurs électeurs ce qui se passerait si les Grecs ne pouvaient rembourser et faisaient défaut. Délicat. Pour renforcer la pression les Grecs agitent, de leur côté, le chiffon rouge des « réparations de guerre » non payées par les Allemands. Autant dire que cela n’améliore pas le climat entre les deux pays. Seul témoignage d’une normalité ancienne : le restaurant grec Hellas et ses caoutchoucs qui s’ennuient dans leur vitrine…

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3 réflexions au sujet de « Faut-il aider la Grèce? »

  1. Le sujet de la Grèce fait vraiment ressortir quelque chose de pas joli-joli chez certains Allemands. Un sentiment de supériorité par rapport à des peuples du Sud (Südlander) supposés peu sérieux, peu courageux… Je précise bien qu’il ne s’agit pas de tous les Allemands, mais de certains Allemands.
    Ces gens refusent de voir que l’État n’est pas la même chose en Allemagne, en Italie ou en Grèce. Refusent de voir qu’il y a des tas de gens honnêtes en Grèce, en Italie ou en Espagne, qui accumulent les boulots mal payés pour joindre les deux bouts. Ils oublient que la crise n’est pas si loin en Allemagne (en 2010 on fermait des bibliothèques, des piscines, des services publics). Qu’il y a plus de 3 millions de chômeurs et 12 millions de pauvres.
    Sur le thème des comptes truqués, on m’avait expliqué lors d’une visite à la commission il y a 3 ou 4 ans que tout le monde savait très bien que les comptes grecs étaient truqués. Mais aucun État n’était près alors (avant la crise) à donner aux institutions européennes le pouvoir de contrôler ses propres comptes.
    Les questions posées par le gouvernement grecques méritent d’être posées : Toutes les dettes sont-elles légitimes ? La troïka est-elle légitime ? Réduire le nombre de fonctionnaires et le montant des retraites permet-il de créer du bien-être pour la population ?

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    • Le problème est que les Allemands ont le sentiment qu’ils buttent sur une réalité qui ne peut être compatible avec des prêts : l’incapacité de certains pays à se réformer – par manque de volonté politique mais aussi par manque de pédagogie de la classe politique. L’exemple de la campagne de François Hollande est très instructive dans ce sens. Le gouvernement voudrait enfin faire les réformes de modernisation nécessaires – que les Français approuvent dans leur ensemble (80% pour la réforme Macron) – mais il butte sur son aile gauche qui lui reproche de « trahir » ses promesses de campagne. La classe politique allemande redoute de financer « des puits sans fond », – sachant par exemple que le montant de la fraude fiscale grecque est équivalente à celui de la dette du pays! – alors qu’en Allemagne la pauvreté existe, le manque d’investissement public etc… La question est de savoir ce qui est le plus cher en termes financier ou en termes politiques : continuer à soutenir la Grèce coute que coute, ou la laisser aller vers la faillite et éventuellement la sortie de l’Euro

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      • Ça, c’est sûr que Hollande ne sait pas expliquer sa politique. C’est sa principale faiblesse.

        Quant à la fraude fiscale, elle est bien connue en Allemagne. La preuve : l’administration fiscale a, à plusieurs reprises, acheter des CD de données bancaires concernant des banques suisses et leurs clients allemands.

        Mais quand un Allemand triche (comme Siemens par exemple : http://lci.tf1.fr/economie/quand-l-allemand-siemens-verse-170-millions-d-euros-a-la-grece-7031908.html), il est malin, quand un Grec triche, il est forcément malhonnête… C’est dans ses gènes de Sudländer.

        Pour moi, le problème principal est que l’UE n’a toujours rien fait (j’exagère, en tout cas trop peu) pour corriger les déséquilibres de la zone Euro. Avec une monnaie unique, les pays sont de fait en concurrence sur la productivité.

        Et l’Allemagne qui passe sa vie à donner des leçons d’austérité a beau jeu : elle a les caisses pleines et n’est pas pressée de perdre son avantage compétitif.

        Même si, là aussi il faut nuancer : les salaires sont en train d’augmenter en Allemagne, et les écarts de salaires en Europe diminuent. Mais son toujours d’au moins 1 à 10.

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