Allemange-Grèce : un dialogue de sourds

Vers 16 heures vendredi, la nouvelle tombe  : « Deutschland gegen Griechenland : bitte aufhören ! » L’Allemagne contre la Grèce : s’il vous plaît, arrêtez ! ». C’est Spiegel-online – la version internet du célèbre magazine d’investigation allemand – qui lance cette injonction. Non sans un certain aplomb, car la presse allemande a largement participé comme caisse de résonance (voir l’article précédent) au psychodrame permanent auquel se sont livrés ces deux pays depuis l’élection d’Alexis Tsipras le 25 janvier dernier. Mais enfin, ouf, je respire et ne suis certainement pas la seule. Ce feuilleton est épuisant. Alors tout va bien ?

Pas sur, car une caricature parue le matin même dans le journal économique Handelsblatt résume assez bien le fond du problème :  le ministre grec des finances Yanis Varoufakis et  son homologue allemand Wolfgang Schäuble, sont embarqués sur le canot Europe qui prend l’eau. Ils se tournent le dos, se montrent chacun du doigt mais ils ne s’entendent pas car ils portent des protections sur leurs oreilles. Ils crient chacun dans le vide à l’aide de mégaphones qui pointent dans des directions opposées.

En réalité, derrière l’affrontement entre ces deux hommes, c’est une conception différente entre deux Europe qui se joue. C’est en tous ce que voudraient théoriser certains journalistes et responsables politiques. Non sans danger. En Allemagne, un mot revient pour décrire cette situation : Kulturkampf (bataille culturelle).

Deux visions pour l’Europe

Alors pour être précis – merci Wikipédia – historiquement le « Kulturkampf » est une bataille menée au XIXième siècle par le chancelier Bismarck contre l’église catholique, un combat de l’Allemagne protestante et moderne contre une église catholique rétrograde qui ne veut pas céder un pouce de ses prérogatives, notamment sur l’Etat. Quel est le rapport avec la situation actuelle ? Et bien comme l’a expliqué un journaliste du Tagesspiegel, lors d’un débat auquel je participais, la dimension religieuse serait encore présente tapie derrière les notions économiques. D’un côté une Europe du nord, plutôt protestante voire même piétiste, comme le Président de l’AfD (Alternative für Deutschland), tenant d’une gestion financière rigoureuse et du respect des règles – sauf quand elles sont vraiment trop contraignantes ! De l’autre une Europe catholique, voire même orthodoxe, « Club Méditerranée » , comme l’on aimablement surnommé les Allemands, pour laquelle, traités et rigueur sont des notions relatives.

Traduit en langage moderne, cela donne « l’Europe de l’austérité » contre « l’Europe de la relance ». Difficile de faire cohabiter sous un même toit, avec une monnaie commune des locataires aux habitudes et conviction si différentes. C’est encore plus difficile lorsque l’un est le débiteur de l’autre et cela dans une dimension gigantesque.

Yanis Varoufakis, que l’on peut admirer dans un reportage publié par Paris-Match et repris avec ironie par le quotidien économique allemand Handelsblatt, a préféré oublier cette situation délicate et essayé de pratiquer un passage en force. Avec tellement d’efficacité que le « héros » comme le titre notre confrère a dû être mis sur la touche et le Premier ministre Alexis Tsipras reprendre la main avec le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le chef de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem . Le « Graccident » n’était vraiment plus loin.

Améliorer la confiance

La question essentielle que l’on peut désormais se poser est : jusqu’où l’Allemagne est-elle prête à tolérer les coups de canif dans les contrats européens – nombreux ces derniers temps (rupture de la clause de non bail-out c’est à dire l’aide à un pays membre, non respect d’une stricte politique de la BCE, rallonge du délai accordé à la France pour atteindre les 3% de déficit). Rappelons tout de même que les Allemands qui ont maîtrisé pratiquement seuls les gigantesques coups de la réunification ( on les estime à environ deux mille milliards, soit 2 billions) et la dépression qui s’en est suivie, grâce à la hausse des prélèvements obligatoires (impôt de solidarité, cotisation sociale), la modération salariale, (qualifiée en France de dumping social) et ont fait dans le même temps de douloureuses réformes du marché du travail pour améliorer leur compétitivité, n’ont guère de compréhension pour un pays qui a laissé filé ses déficits. Aux dernières nouvelles, Athènes et Berlin ont décidé de modérer leur ton et d’aplanir les vagues. Tant mieux. Les Allemands vont pouvoir boucler leurs vacances dans ce pays et améliorer ainsi la balance commerciale grecque. Mais 52% des Allemands déclarent d’après le sondage Politbarometer être favorables à la sortie de la Grèce de la zone Euro. Il reste au « héros » Varoufakis et ses collègues à regagner la confiance des partenaires et des investisseurs…un travail d’Hercule !

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