Le salaire de la femme

La colère n’attend pas le nombre des années. Elle ne s’émousse pas, non plus. Voilà ce que je constate en rencontrant une jeune femme, la trentaine un peu passée. Son métier ? Ingénieur. Dans ma naïveté, et vu que l’on recherche des femmes dans les métiers techniques, j’imagine qu’elle est une aubaine pour la firme de géolocalisation, en pleine croissance, pour laquelle elle travaille. Elle est en effet la seule femme dans son département. Pourtant la réponse est nette, sans fioriture. « Pas du tout » Et Anita – c’est son prénom – m’explique que ses collègues masculins lui ont tout de suite fait savoir que leurs salaires étaient plus élevés – à compétence égale. Le chef du département, interrogé sur ce sujet, lui aurait même déclaré : « la différence est telle que vous ne pouvez même pas vous l’imaginer… »

Ça tombe bien, le gouvernement allemand est là pour nous aider. A l’occasion de la journée « Equal-pay-Day », le 20 mars dernier, – c’est à dire hier – , les statistiques fédérales reprises par la chaine de télévision ZDF nous apprennent qu’un ingénieur en construction (Bautechniker) gagne 19% de plus que sa collègue, un courtier d’assurance 28% de plus et un cuisinier 17% de plus !

Salaire de femme, salaire d’appoint

Alors pourquoi ces femmes ne protestent-elles pas ? Anita a bien essayé de demander une augmentation à ses patrons. Non seulement il est très difficile d’obtenir ce genre de rendez-vous, m’explique-t-elle, mais la seule fois où elle y a eu droit, la conversation a roulé essentiellement « sur l’éclairage du parking » ! C’est vrai , Anita ne semble pas du genre à taper du poing sur la table. D’après le spécialiste interrogé par ZDF, la télévision allemande, l’argument qui domine encore chez les employeurs est simple : c’est l’homme qui a la charge de la famille. Le salaire d’une femme est considéré comme un appoint. Une vision patriarcale de la famille, bien ancrée dans la société allemande. Or, la réalité a changé. D’après l’Office fédéral des Statistiques de Wiesbaden, près d’une mère sur cinq élève seule ses enfants !

La colère, c’est peut-être un élément qui lie les générations. Je découvre ce matin le blog de cette très jeune fille de Karlsruhe relayé par le  Spiegel online. Elle a 19 ans et a lancé une action de sensibilisation féministe en utilisant les serviettes hygiéniques (!) comme support de message. Des messages qu’elle colle un peu partout, -sur les arbres par exemple – et sur lesquels elle dénonce l’inégalité entre femmes et hommes. D’après le Spiegel, « elle ne comprend pas pourquoi le sexisme est si répandu. Pourquoi en 2015 femmes et hommes n’ont toujours pas le même salaire ». Au-delà de l’aspect provocation de son action, qui a d’ailleurs fait le tour du monde – c’est exactement la question que je me pose. Non seulement l’égalité entre femmes et hommes est garantie par la constitution allemande mais le slogan « A travail égal, salaire égal » (Gleicher Lohn für gleiche Arbeit » ne date vraiment pas d’hier..Remis au goût du jour dans les années soixante-dix par le mouvement féministe, il m’a accompagné pendant toute ma vie professionnelle en France comme en Allemagne ! Et pourtant le constat est plutôt accablant.

Anita aussi est en colère. Mais c’est une scientifique, type Merkel, – la douceur en plus. Donc elle a calmement calculé le pour et le contre : et au final, malgré la discrimination, elle restera dans sa boîte parce « qu’elle adore son boulot. » Rageant mais compréhensible. Elle ne doit pas être la seule dans ce cas.

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