Frexit : un nouveau mot pour la sortie de la France de l’euro

Le mot a des consonances frivoles, mais la réalité l’est beaucoup moins. Il s’agit en effet comme je le découvre à la lecture du grand quotidien économique allemand Handelsblatt le 12 avril dernier, de la sortie de la France de l’Euro. Aie ! Et à qui doit-on cette création sémantique ? Non pas aux Allemands mais aux…Britanniques. Et oui, le fameux French Bashing.

Mais revenons aux faits. En réalité il s’agit d’une tribune signée Denis MacShane, ancien ministre des affaires européennes du gouvernement de Tony Blair, intitulée «der Brexit rückt näher » soit le Brexit s’approche. Le Brexit, on le sait, c’est la sortie de l’Angleterre de l’union européenne. Autant dire qu’il y a de quoi en avoir des sueurs froides. C’est bien le but de cette tribune.

Rappelons à nos compatriotes ou nos médias polarisés par l’exaltant feuilleton du Congrès du PS, que le 7 mai se déroulent des élections générales en Angleterre. Juste une autre dimension. Or David Cameron veut lier sa réélection à la promesse d’un référendum sur l’Europe en 2017. Il espère d’ici là convertir ses compatriotes aux bienfaits de l’euro ! C’est douteux.Pour Denis MacShane, « une sortie de la Grande-Bretagne aurait des conséquences géo-politiques et économiques d’une portée historique ». Marine Le Pen, souligne-t-il, a d’ailleurs déjà annoncé vouloir imiter David Cameron si elle est élue en 2017. Elle propose de faire sortir la France de l’Euro, le Frexit.

Sourde inquiétude

Une tribune qui a de quoi inquiéter. Elle s’ajoute à la longue série d’articles et de tribunes signés « d’éminents » économes comme Hans-Werner Sinn, président de l’ Institut de recherche économique (Institut für Wirtschaftsforschung), Nouriel Rubini (Professeur à la business school de l’université de New-York) ou autres Cassandre – quitte à les désavouer ensuite – qui estiment que la zone euro n’est pas viable. Leurs écrits – même s’ils ne s’adressent qu’à une certaine élite – renforcent en Allemagne le sentiment que de nombreux Européens ne veulent pas jouer le jeu commun. Et qu’au bout du compte, c’est le bien-être allemand lui-même qui est menacé. Le feuilleton de la faillite annoncée de la Grèce, que l’Allemagne garantit à hauteur de 80 milliards d’Euros, un feuilleton relaté presque heure par heure dans les médias allemands, et aiguisé par les diatribes de BILD, le journal populaire, renforce ce sentiment d’être pris au piège face à des pays qui ne veulent pas réellement se réformer…

Or comme le faisait remarquer Denis MacShane dans une tribune à Libération du 1er mai 2013 : « Les autres pays européens semblent ignorer les énormes sacrifices consentis par l’Allemagne pour incorporer l’économie de banqueroute et de corruption de l’ex-Allemagne de l’Est – comme si la France fusionnait avec la Tunisie – après 1990. » Et cela continue, puisque tout contribuable allemand doit encore s’acquitter du fameux Soli, la taxe de solidarité.

Mauvais joueur européen

Cette inquiétude sourde sur l’avenir, ce sentiment d’être la vache à lait d’une Europe paresseuse qui ne se retrousse pas les manches pour devenir compétitive, exaspère de nombreux Allemands, autrefois européens convaincus. On le mesure aux réactions vis à vis de la Grèce dont la violence me surprend et reflète en quelque sorte le sentiment d’une « trahison » face au « mauvais joueur européen ». Plus de la majorité des Allemands sont d’ailleurs favorables au retour au DM, d’après les sondages. Une manière de retrouver une Allemagne forte, qui ne serait plus en butte aux critiques alors même que la pauvreté, les retraites maigres, la précarité inquiètent notamment la classe moyenne.   Il faudrait alors parler de Dexit, la sortie de l’Allemagne (Deuschland)… et là, on ne parlerait plus de « conséquences de portée historique » mais d’un véritable tremblement de terre. Marine Le Pen l’évoque avec bienveillance dans son programme politique. Les visons d’apocalypse ont toujours fait les choux-gras des extrémistes…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s