A quoi servent les grands-parents?

La grève dans les crèches et jardins d’enfants allemands bat son plein. Et avec elle, le casse-tête des parents pour faire garder les chers petits. Le meilleur plan c’est sans conteste le coup de main des grands-parents. Dans le débat actuel sur les « retraités profiteurs du système au détriment des jeunes » on oublie volontiers cet aspect…Et tous les parents qui comme moi, n’ont pu en profiter le savent bien…Mais pour autant, la réalité, est-elle aussi idyllique ?

Il y a une vingtaine d’années, lorsque je suis arrivée en Allemagne, une idéologie en béton voulait que les femmes restent à la maison pour s’occuper de leur progéniture. L’école fermait en effet à 14h. Les femmes qui travaillaient n’exerçaient donc au mieux qu’une activité à mi-temps. Le risque était grand en effet d’encourir la désapprobation sociale marquée par des mots comme « Rabenmutter » – mère corbeau – et les enfants qualifiés de « Schlüsselkinder », – les enfants à clé – car elle était accrochée autour de leur cou comme un collier pour éviter qu’elle ne se perde.

C’est le choc de la fameuse étude PISA de décembre 2001 qui a fait évoluer les mentalités. Vécue comme un drame national les résultats de l’étude ont en effet fait apparaître deux faiblesses : le mauvais niveau des élèves (en ce qui concerne la compréhension de l’écrit les jeunes Allemands de 15 ans étaient en dessous de la moyenne de l’OCDE) . Plus grave encore, les écoles allemandes produisaient de l’injustice sociale , notamment en raison de la faible durée de l’école dans les petites classes, celles justement où l’on apprend les techniques de base. Le choc a été tel que l’école s’est réformée. Et aujourd’hui les élèves restent en classe au-delà de 14h…

Des quadras épuisés

Reste que malgré ces progrès et la garantie légale d’une place de crèche, les parents qui travaillent, doivent toujours affronter toute sorte d’aléas : depuis les petites infections dont sont victimes les enfants, les vacances de quelques jours à répétition, la nounou qui fait défaut, la place de crèche qui manque  etc..

un toutou penseur

Ce toutou berlinois s’interroge : qui va garder les enfants? Photo Elisabeth Cadot/Berlin-Friedrichshain/Mai 2015

. Et c’est là que les grands-parents valeur de l’or. Épuisés mais heureux, ils offrent un « service » incomparable et … hors de prix : « Nous venons de garder les enfants de mes deux filles, quatre petits entre 9 et 2 ans, pendant une semaine, explique Nicole, une dynamique sexagénaire qui travaille d’ailleurs encore de temps en temps comme speakerine. C’était très fatiguant mais je suis heureuse de pouvoir faire cela »… Une autre s’occupe de sa petite fille deux jours par semaine, l’emmène à l’école le matin, la récupère l’après-midi et la garde ensuite jusqu’au retour de sa mère le soir, ce qui à permet à celle-ci de reprendre un emploi. Bref, un vrai travail de nounou…Autour de moi la liste est longue. Cela est confirmé par une enquête de l’hebdomadaire die Zeit intitulée « Oma du bist mein Freund », « Grand-mère tu es mon amie ». Mais il est vrai qu’elle date de 2009.

Pourtant les reportages alarmistes sur l’inégalité entre les générations se multiplient. Avec en général une image misérabiliste de l’actuelle génération, des quadras écartelés entre la gestion de leurs parents plus ou moins séniles et celle de leurs rejetons. Les autorités ecclésiastiques s’en mêlent d’ailleurs comme l’évêque protestant Wolfgang Huber qui appelle à plus de justice entre les générations. Pour les générations futures, ce serait en effet carrément l’apocalypse qui se prépare. En attendant, et même si les problèmes ne doivent pas être niés, je me pose quelques questions : les multiples services (baby-sitting, aide aux devoirs et éventuellement petit coup de pouce financier) que rendent de nombreux papys et mamies-boomers en retraite sont-il pris en compte ? Une génération plutôt bien conservée d’ailleurs et qui contribue – pour les mieux lotis d’entre eux – à la bonne santé des divers théâtres, salles de concert et autres. Et au bout du chemin, quand il faudra mettre papy ou mamie en maison de retraite ou qu’ils décederont, n’oublions pas que les fameuses jeunes générations auront un bel héritage à la clef. Car l’Allemagne n’a plus connu de guerre depuis 70 ans et les prix de l’immobilier ne cessent d’augmenter. C’est à cela que je pense en voyant dans la rue des grands-parents heureux avec leurs petits enfants pleins d’insouciance. A l’échange et non à la guerre entre les générations.

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