Une balade chez … Staline pour la pentecôte

Si vous avez écrémé tous les « must » du Berlin pour touristes, Charlie Check Point, (devenu un vrai Disneyland), le Bahrain ou le coin de la Neue Heimat pour les plus jeunes sans oublier l’Ile au Musée et un tour à Kreuzberg etc… ou si tout simplement vous avez envie de revisiter une page d’histoire, je vous propose une brève balade chez… Staline. Cela figure évidemment aussi dans les guides pour touristes mais encore faut-il y aller. Alors suivez moi si cela vous inspire

Photo Lothar Schnitzler/Berlin/mai 2015

Un ensemble d’immeubles de la Frankfurter Allee/ Photo Lothar Schnitzler/Berlin/mai 2015

Un peu d’histoire : la Stalinallee – qui depuis 1961 s’appelle Karl-Marx-Allee et a retrouvé son nom originel de Frankfurter Allee à partir de la station de métro Frankfurter Tor, – a été conçue au lendemain de la guerre comme l’avenue prestigieuse de la nouvelle capitale communiste Berlin-est. «La Stalinallee est l’artère la plus importante à l’est de la ville pour les manifestations ou rassemblements et pour les marches traditionnelles vers les tombes des grands socialistes enterrés au cimetière central de Friedrichsfelde. » précise le concours d’architecture pour la Stalinallee de 1951. Différentes options sont débattues mais finalement le culte de la personnalité de Staline battant son plein, les architectes de l’époque sont conviés à Moscou. Les idées de l’architecte Hans Scharoun – qui voulait faire des « cellules d’habitats avec petits jardins » sont abandonnées. Ils n’en subsistent que quelques-unes, un peu genre cabanes à lapin, il faut le reconnaitre. Les visions de Walter Ulbricht, premier secrétaire du Parti communiste de RDA et de Joseph Staline – seront appliquées.

La tour de la Weberwiese à Berlin/Elisabeth Cadot/Mai 2015

La tour de la Weberwiese à Berlin/Elisabeth Cadot/Mai 2015

 Nouvelle architecture

La construction de la première tour de Berlin-est a été suivie, parait-il, avec passion par les habitants du quartier. Elle symbolisait la réussite, l’élan et l’espoir de jours meilleurs après les énormes destruction de la ville. Située à la Weberwiese (également une station de métro) elle a été officiellement déclarée « symbole de la nouvelle architecture allemande ». C’est l’architecte Hermann Henselmann qui en est l’auteur. Il crée un style qui mélange bizarrement celui   de l’université Lomonosov de Moscou – et de la « tradition nationale », celle de Karl-Friedrich Schinkel. Au-dessus du portail d’entrée un peu sombre et encadré par des colonnes de marbre noir, on devine quelques lignes écrites par son ami, l’écrivain et dramaturge Bertold Brecht : « A notre ville, qu’elle loge bien celui (le travailleur) qui l’a construite. » (Unserer Stadt, dass sie den gut behause, der sie gebaut hat )

Les travaux ont commencé le 1er septembre 1951 avant même que les plans ne soient terminés. (Berlinische Monatsschrift Heft 3/2001). Et toujours selon cette source, le 1er mai(!) 1952 quelques 33 appartements de 65mètres carrés ont pu être remis aux nouveaux locataires : leur prix ne dépassait pas les 90 centimes au mètres carré !! Les heureux élus étaient en majorité des ouvriers mais on comptait aussi un architecte, un professeur et un policier municipal …tous membres du parti bien sur!

Décor de Meissen et style « pâtisserie »

Retour maintenant sur l’ancienne Stalinallee. On ne peut lui dénier une certaine allure même si on n’est pas fanatique. C’est mon cas. Mais c’est tout de même plus attrayant que les immeubles en Plattenbau (dalles préfabriquées) qui défigurent une partie de l’Alexander Platz, à l’extrémité de la Karl-Marx-Allee.

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La première pierre. Certains habitants des immeubles se souviennent encore. Photo Elisabeth Cadot/Berlin/Mai 2015

Bref, la construction de l’imposant ensemble de bâtiments qui constituent cette Allee a démarré en 1952 sous la houlette de Otto Grotewohl, 1er Président du Conseil des Ministres de RDA. Elle déroule sur 2 kilomètres de long des blocs d’immeubles hiératiques dont certains atteignent les 13 étages. Le style : néo-clacississme socialiste est agrémenté de références à l’antiquité comme des colonnes de marbre ou des statues. Les carreaux en céramique qui recouvrent les façades ont été réalisées par la célèbre manufacture de Meissen. Elles sont également appliquées sur les murs de la station de métro Frankfurter Tor. A l’ouest on se moque immédiatement de ce style « Zuckerbäcker » , « pâtissier », on parle aussi de « gothique à la Staline » (Stalingotik). Moins drôle : pour réussir ce tour de force, il aura fallu, d’après l’hebdomadaire der Spiegel, l’effort de milliers de citoyens qui s’étaient inscrits comme volontaires dans l’espoir d’obtenir un des appartements en construction. Ils fourniront 4 millions d’heures de travail gratuites et déblayeront quelques 38 millions de briques ! Mais ils seront loin d’obtenir l’appartement de leurs rêves : ils étaient en effet distribués aux fonctionnaires et à l’élite du régime et du parti. C’est d’ailleurs de cette avenue qu’est partie la révolte du 17 juin 1953. Écrasée par le régime…

Et les appartements ?

Frankfurter Allee/Photo Lothar Schnitzler/Berlin/Mai 2015

Frankfurter Allee/Photo Lothar Schnitzler/Berlin/Mai 2015

Allez, on ouvre la porte d’un immeuble de la Stalineallee. Je vous invite, j’ai eu la chance d’y habiter. Ambiance impressionnante de l’entrée, tout est ultra-dimensionné et l’éclairage sous-dimensionné . On se croirait dans le film Hotel Lux de Leander Hausmann. Un petit frisson. L’ascenseur est également une antiquité. Mais une fois la porte de l’appartement ouverte, tout change, il s’agit d’un deux pièces spacieux, avec tout le confort. Cuisine et salle de bains indépendantes, grand débarras, et à l’époque – parait-il, ces appartements étaient chauffés par le chauffage central à distance

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Ambiance glauque pour cet immeuble, Frankfurter Allee/Photo Elisabeth Cadot/Mai 2015

Comble du luxe certains bénéficiaient d’un vide-ordures. Bienvenue aux cafards ! Le tout pour 90centimes le mètre carré ! Mais revers de la médaille : il fallait participer aux réunions d’immeuble et aux manifestations. Pas question d’y échapper. Chaque immeuble avait son organisation de parti ! Aujourd’hui, changement de décor, touristes et jeunes habitent certains de ces immeubles. Et au coin de la rue se trouve l’un des quartiers les plus branchés de Berlin, Friedrichshain connu pour ses stylistes et créateurs de mode. Avec dans la rue Niederbarminstrasse, chez Nicolai des croissants faits sur place, légers, pas gras et croustillants… hum ! Un régal… Si vous connaissez d’autres adresses de super bons croissants, n’hésitez pas à les communiquer… !

Copyright Elisabeth Cadot

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