Les renouvelables, c’est l’avenir

L’ancienne capitale fédérale Bonn a opéré une belle reconversion : elle est devenue en quelque sorte la capitale environnementale de l’Allemagne. On y trouve en effet le Secrétariat des Nations-Unies pour le Climat, le ministère de l’environnement allemand et de nombreuses ONG. Ce n’est donc pas étonnant qu’une conférence intitulée : « la transition énergétique globale : que peut-on attendre de la conférence sur le climat de Paris » s’y soit déroulée. Chapeautée par l’Institut français et la Deutsche Welle elle était l’occasion de prendre le pouls de ces négociations. Il s’agit de savoir si notre planète va pouvoir contenir son réchauffement à 2°…Ce n’est pas anodin ! Je suis donc allée me renseigner…

« C’est une année passionnante » nous explique le directeur politique de l’ONG  Germanwatch Christoph Bals, «  nous sommes la dernière génération qui peut encore éviter que le climat ne se détériore complètement ». Un petit frisson parcourt le public de la salle de conférence de la Deutsche Welle, composée d’ailleurs essentiellement de jeunes.

Le public jeune est préoccupé par l'avenir de notre climat /copyright DW/Müller

Le public jeune est préoccupé par l’avenir de notre /copyright DW/Müller

Seulement voilà : la fameuse conférence de Paris ne s’annonce pas vraiment bien. A ce jour seuls 38 des 196 Etats ont rendu public leurs engagements en réduction de gaz à effet de serre. (Ils doivent être fixées définitivement en septembre). Le porte-parole du Secrétariat Climat de l’ONU, Alexander Saier, est obligé d’en convenir. Mais d’après lui, il ne faut pas désespérer. « Un traité sur le climat sera signé à Paris. Il permettra à toutes les nations de garantir un avenir durable, sous 2 degrés. Mais Paris ne sera pas la solution à tous les problèmes. Il sera seulement le début du chemin que nous choisirons. » Le but c’est la division par deux d’ici 2050 des émissions de CO2, on dit « la neutralité climatique ». La planète aura alors retrouvé son équilibre et pourra absorber ces émissions de manière naturelle. Un peu comme les enzymes gloutons, vous vous souvenez?

Un traité global et contraignant

Alors qu’est-ce qu’on fait pour en arriver là? Et bien justement, au niveau global, on met sur pied un traité qui se subsistera à celui de Kyoto. Bonne nouvelle : le texte existe déjà.

Le texte provisoire des négociations pour la conférence Climat/Photo Elisabeth Cadot/Mai 2015

Le texte provisoire de négociations pour la conférence Climat/Photo Elisabeth Cadot/Mai 2015

Dans sa version anglaise il est épais de 90 pages, dans sa version française 130. Tout frais sur la table sur Secrétariat de l’ONU pour le changement climatique. Ce document est encore plein de parenthèses, comme nous avons pu le constater. L’objectif est donc de les faire disparaître peu à peu pour arriver à Paris avec un texte aussi consensuel que possible. Prochain round de négociations : à Bonn début juin. Et pour ne fâcher personne précise Alexander Saier, on est passé de la notion de « partage du fardeau au partage des solutions » C’est beau la sémantique…Reste que ça coince un peu quand même :  la Chine, plus gros émetteur de gaz à effet de serre (22% des émissions mondiales) n’a pas encore remis sa copie. Même chose pour l’Australie, l’Inde, le Japon et le Brésil. L’Europe (12% des émissions ) fait figure de bon élève en promettant une baisse de 40% des gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990. La Russie est plutôt le cancre : elle annonce une réduction de 25 à 30% de ses émissions par rapport à 1990, grâce à ses forêts. C’est un peu léger…

Économie non carbonée

Un panel d'expert autour du journaliste de la DW Gero Rueter/copyright DW/Müller

Un panel d’expert autour du journaliste de la DW Gero Rueter/copyright DW/Müller

Il va donc bien falloir se mettre en route pour la transition énergétique et utiliser des énergies renouvelables et non polluantes, comme l’éolien ou le solaire entre autres. Cela paraît assez simple sauf que cette belle ambition se heurte aux pesanteurs et coûts qu’elle représente.

Un panel d’expert autour du journaliste de la DW Gero Rueter/copyright DW/Müller

Le représentant d’EDF, Marc Bussieras, interrogé par le journaliste de la Deutsche Welle qui anime le débat,Gero Rueter, a fait remarquer : « Le financement de la transition énergétique qui s’élève à quelques 21 milliards d’euro en 2015, payé par les Allemands sous forme du prélèvement énergie (Energieumlage)  ne serait pas accepté par la population française. La difficulté paradoxale pour la transition française est que le point de départ est favorable : la France émet moitié moins de CO2 que l’Allemagne. Et il n’y a pas aujourd’hui de solution évidente pour aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite qui soit favorable en terme économique pour le consommateur.» Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites! Chaque nation a ses priorités, ses traditions et ses pesanteurs : le charbon en Allemagne ou l’atome en France. C’est passer sous silence le fait que le « rafistolage » – d’après un mot de François Hollande lors de sa campagne de 2012- des quelques 58 réacteurs vieillissants – risque de coûter une somme astronomique. Sans oublier notre super EPR…

Haro sur le charbon

Quant à l’Allemagne, elle a beau avoir fait des progrès considérables dans le domaine du renouvelable, – ces énergies (25%) sont désormais la première source de production d’électricité du pays – ,  le charbon(18%) et le lignite (25,6%) particulièrement polluant représentent ensemble la première source d’électricité. Les démêlées actuelles du ministre allemand chargé de la transition énergétique et Premier secrétaire du parti SPD, Sigmar Gabriel, qui propose une taxe sur le charbon, laisse mal augurer d’une sortie rapide ! Reste que la France n’est pas si blanche que cela puisque si elle a bien fermé ses centrales à charbon dans l’hexagone, EDF et GDF Suez (aujourd’hui Engie) détiennent quelques 46 centrales à charbon dans le monde. D’après un rapport de l’ONG Oxfam et les Amis de la terre, intitulé « Emissions d’Etat » et publié le mardi 19 mai elles émettent chaque année plus de 151 millions de tonnes de CO2 dans le monde!

La solution dans tout ça ?

Alors on déprime et on baisse les bras ? Pas question car pour le représentant de l’énergie éolienne allemande, la transition vers les énergies renouvelables est inéluctable. Elles sont en effet devenues désormais l’énergie la moins chère. Sous la pression du changement climatique, des coûts et de la limitation des ressources, les opinions publiques vont comprendre leur nécessité. Et puis, comme le constate avec tranquillité, le Prof Jakob Rhyner, directeur de l’Institut pour l’Environnement et la Sécurité humaine à l’université de l’ONU à Bonn, le nucléaire est condamné « car le risque d’accidents existe et il se produit de temps en temps. Et cela signifie la fin de cette énergie. » Décidément cela vaut la peine de s’instruire…

copyright elisabeth cadot

 

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