Crise grecque : nous sommes tous perdants

Il est clair désormais – et malgré la déclaration de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne – qu’il ne peut y avoir que des perdants à l’issue de la crise grecque. Si tant est qu’il y ait une issue. Les acteurs de cet interminable feuilleton se sont tous d’une manière ou d’une autre discrédités. Mais il y a plus grave : l’idée même de l’Europe – et pas seulement de la zone Euro – est menacée. Et pourtant tout n’est pas perdu…

Perdant principal, le peuple grec. Essorés après cinq années de récession, les électeurs ont balayé l’ancienne élite, – la Nouvelle Droite de la famille Caramanlis et le Pasok de la famille Papandreou – qui avait mis le pays en coupe réglé, à coup de clientélisme et de corruption. Ils ont mis au pouvoir le 25 janvier dernier une nouvelle classe politique. On ne peut que sympathiser. Sauf que le nouveau dirigeant Alexis Tsipras, soutenu par un mouvement très disparate Syriza, où l’on retrouve de tout y compris des communistes et une frange gauchiste, a gagné ses élections avec des promesses irréalistes de « mettre fin à l’austérité » et « d’annuler la dette ». Cela rappelle la promesse de François Hollande de « renégocier le traité » et de « réorienter l’Europe », comme si à gauche le verbe à lui seul était la solution. Une espèce de croyance religieuse. Résultat : une fois l’élection passée, les envolées lyriques se sont heurtées aux réalités économiques. Avec un détail – et il est de taille – ce sont les contribuables européens qui sont créanciers des Grecs et cela pour une somme astronomique : 230 milliards d’Euros, soit l’équivalent de 600 Euros environ pour chaque Français et 1000 Euros pour chaque allemand. En échange de cet argent, le coup de frein imposé par les créanciers a été brutal, plongeant une partie de la population dans la misère, l’autre planquant son magot à Londres, Berlin ou Zürich.Les interminables négociations menées entre l’UE, le FMI et le gouvernement grec ont achevé de ruiner la confiance dans ce pays, faisant fuir les derniers investisseurs, mettant les quelques PME qui exportent à genoux. Alexis Tsipras aurait, parait-il, redonné un peu de fierté au peuple grec. La vraie fierté, c’est de faire tourner la machine économique du pays, pour que chacun puisse en bénéficier. On en est loin…

Le dilemme allemand

Deuxième perdant l’Allemagne. Contrairement à ce qu’essaye de faire croire avec une grande arrogance, la gauche de la gauche française, la chancelière Angela Merkel a bel et bien fait une offre de dernière minute à la Grèce, comme le rapporte l’hebdomadaire Spiegel online. Une proposition qui allait bien au-delà de ce qui est tolérable pour la majorité conservatrice de la chancelière. Elle aurait offert à Tsipras : un nouveau plan d’aide, une renégociation de la dette et des investissements à hauteur de 35 milliards d’Euros. Et la France ? Sur ce dossier elle est en retrait, ce qui se comprend pour un pays dont la dette publique vient d’atteindre plus de 97% du PIB. Cela n’empêche pas un député français d’extrême gauche particulièrement exalté d’affirmer : « le vieux retraité allemand n’a qu’à payer »…Merci pour lui ! Il oublie de dire que le « vieux retraité français sera lui aussi obligé de payer. ». Mais peu importe sans doute…Reste que l’Allemagne effectivement est dans une situation très embarrassante : la cure d’austérité – et de bonne gestion – que voulait imposer Angela Merkel a certes réussi dans de nombreux pays comme l’Irlande, le Portugal, voire l’Espagne, mais pour autant ces pays n’ont pas réussi à résorber leur chômage. Et les dettes publiques ne baissent que très lentement. Du coup Berlin se trouve devant un choix crucial : soit elle accepte d’aider la Grèce et annule partiellement ou complètement sa dette irréaliste – et d’autres pays feront la même revendication. Le contribuable allemand est-il prêt à payer ? Soit elle refuse et c’est le Grexit. Avec des conséquences incalculables, peut-être au bout la sortie de l’Angleterre de l’Europe, c’est à dire le détricotage de l’Europe. La chancelière est donc prête à aller très loin dans les concessions pour éviter de porter une telle responsabilité. Mais la note sera salée. Pas sure que ses troupes suivent…

Et l’Europe dans tout ça ?

L’UE est aussi la grande perdante de cette tragédie grecque. Dans un monde particulièrement agité et tendu, elle s’est perdue dans des négociations pointilleuses et obscures, auxquelles les citoyens européens ne peuvent rien comprendre. On a eu beau changer les dénominations de la « troika » en « institutions », un tour de passe passe particulièrement ridicule, il n’en reste pas moins que des fonctionnaires de Bruxelles ont dû pendant des heures, attendre, étudier et corriger des « drafts » « propositions » sur des économies et des réformes pour les Grecs. Mais où est l’indépendance de ce pays ? L’humiliation est totale., Pendant cinq mois, on a étalé dans tous les journaux du monde la gabegie de l’Etat grec, son administration pléthorique et inefficace, incapable de collecter l’impôt, pas même de cadastre, son absence d’industrie, ses oligarques, sa corruption etc…De très nombreux Européens sont exaspérés par ces « Grecs qui ne veulent pas payer leurs impôts ». Les petits Etats, comme les Etats Baltes ou la Slovaquie qui ont fait d’impressionnantes cures d’austérité n’ont aucune sympathie pour les revendications de la Grèce qui a déjà reçu l’équivalent de 36 Plans Marschall – d’après les calculs de l’économiste allemand Hans-Werner Sinn. Bref, la zone Euro a fait l’étalage de son mauvais fonctionnement, avec une faute de départ cardinale, due en particulier à la France, à savoir intégrer la Grèce dans la zone euro en 2001 alors qu’elle ne respectait aucunement les critères de Maastricht. En réalité l’intention politique française était de faire pièce à l’Allemagne qui se dépensait pour l’élargissement à l’est, notamment la Pologne qui est entré dans l’UE en 2004.

Solidarité citoyenne

Alors maintenant, on fait quoi ? Acheter une bouteille d’ouzo ou plutôt – c’est mon choix – de la feta et une salade fraîche grecque sur le site de crowdfunding Indiegogo, lancé par un vendeur de chaussures britannique de 29 ans en signe de solidarité. Je viens de recevoir ce message : « Grâce à vous, les fonds levés pour le projet s’élèvent maintenant à : €805,179 ! ». Pour 8 Euros, cela vaut la peine ! L’idée est de faire un geste de solidarité entre citoyens européens, pas entre Etats ou gouvernements… Une superbe idée, idéaliste et qui peut-être n’aboutira pas ou sera détournée, que sais-je…Elle montre pourtant que le sentiment d’appartenir à une communauté européenne existe. Un signe d’autant plus important qu’il vient d’Angleterre. Alors tout n’est pas perdu. Reste à nos politiques à se saisir de cette inspiration, la convertir en réalité. Un petit début a été fait avec la proposition des présidents des cinq grandes institutions européennes (Commission, Conseil, Parlement, Banque centrale, Eurogroupe) du 12 février dernier d’approfondir et de sécuriser la zone euro. Mais il manque juste l’essentiel : l’élan et la conviction que le citoyen est au cœur de la construction européenne…

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