Les communes dépassées par les réfugiés

 Bonn, l’ancienne capitale fédérale, a déjà accueilli près de 1200 réfugiés de 30 nations différentes. Et ce n’est pas fini … ce thème brûlant occupe toute l’actualité. En pleine campagne pour les municipales de la région (le Land) de Rhénanie-du-nord Westphalie, les candidats doivent prendre position. A Bonn l’un d’entre eux est lui-même fils d’immigré. Il était le premier invité par une organisation d’aide aux migrants, Migrapolis, à rencontrer des citoyens. J’y suis allée…

J’ai donc pris place parmi les habitants intéressés par ce « forum de dialogue politique » (Forum Politischer Dialog). Le titre est un peu ronflant mais nous sommes en Allemagne et la démocratie se vit au plus près, de manière très simple.

Un des candidats à la mairie de Bonn, fils d'immigré/photo ec

Un des candidats à la mairie de Bonn, fils d’immigré/photo ec

Un quinquagénaire aux cheveux blancs et présentant beau s’installe dans la petite salle. C’est, lui, le candidat, Ahok Alexander Sridharan conservateur, membre du parti de la chancelière, la CDU (Union chrétienne-démocrate). Il explique à l’auditoire : « Mon père est arrivé en Allemagne dans les années 50. Il était végétarien et Brahmane, ne connaissait personne, ça n’a pas été facile. Mais il s’est senti dès le début accepté et reconnu. C’est pourquoi l’intégration est chère à mon cœur ».

Le futur maire explique les défis auxquels l’afflux de réfugiés confronte l’administration. Mais il rassure : Bonn a suffisamment d’anciens bâtiments gouvernementaux pour que l’on trouve des solutions d’hébergement.

Le public est nombreux et suit avec grande attention/photo elisabeth cadot

Le public est nombreux et suit avec grande attention/photo elisabeth cadot

Pourtant dans le public certains s’inquiètent car des tensions existent. L’un d’entre eux s’insurge sur la situation de son quartier, évoque les femmes « voilées de la tête aux pieds » « les boutiques spécifiques » et parle de « bazar oriental ». La réponse du candidat à la mairie est ferme : «  l’Allemagne est un pays libre, tout le monde a le droit de s’installer là où il veut, s’il respecte la loi. ». Le tourisme médical attire en effet de nombreux clients des pays du Golfe. Quant à la salle, elle s’énerve et fait bruyamment savoir que les propos xénophobes ne passeront pas. L’Allemagne en ces jours a plusieurs visages. Celui que je vois ici est rassurant.

Foule haineuse

Depuis des semaines les centres d’hébergement pour les réfugiés sont régulièrement victimes d’attaques, voire même d’incendies. A Heidenau en Saxe, dans l’est du pays, la situation a dégénéré. Une foule déchaînée et alcoolisée s’en est très violemment pris aux forces de police. Un électrochoc pour la classe politique, qui depuis, monte au créneau. La chancelière Angela Merkel, critiquée pour son long silence, a condamné à plusieurs reprises très fermement ces agissements. Le premier secrétaire du SPD (parti social démocrate allemand), Sigmar Gabriel, n’a pas hésité à parler de « populace » et menacer de la prison les fauteurs de trouble. Du coup les menaces se multiplient au siège de son parti…

Solidarité de base

Dans « la petite ville si tranquille » de Bonn, comme disait John Le Carré, ce qui me frappe, c’est plutôt la mobilisation citoyenne. Comme en passant, Norbert un de mes voisins me révèle, lors d’un dîner, qu’il s’occupe d’une famille syrienne. Des kurdes. Il ne l’étale pas. Il constate simplement : « j’ai pensé qu’il fallait bouger, faire quelque chose quand j’ai vu ces réfugiés. J’ai appelé la Caritas, et j’ai proposé mon aide, c’est tout… »

Initiative privée

Cette solidarité de base, est en fait le seul moyen pour les communes de gérer l’afflux de réfugiés. Ahok Alexander Sridharan, est actuellement adjoint de mairie dans une commune voisine. Il en a fait l’expérience.« Un vendredi, le téléphone sonne, nous explique-t-il. On nous annonce que 150 réfugiés vont arriver. Mais nous venions d’acheter une école pour y installer des réfugiés. Tout était pris, nous n’avions plus rien. Donc on se repose sur l’initiative privée, conclut-il … » Cette histoire, se répète partout. Les communes sont débordées. A Cologne, par exemple où le marché de l’immobilier est très tendu, la mairie, parait-il, louerait discrètement des logements pour les réfugiés. Quant aux matelas, c’est jusqu’en France qu’il faudrait aller les acheter… ! Pire, les bonnes volontés sont nombreuses mais il n’y a pas assez de personnel qualifié pour les encadrer. Les Allemands se souviennent en effet qu’ils ont eux aussi connu la guerre, les bombes et la situation de réfugiés. Le gouvernement vient de décider d’accorder aux communes une rallonge de 500 Millions au budget prévu pour 2016. Il y en aura probablement d’autres. De quoi rassurer peut-être un peu Ahok Alexander Sridharan et ses rivaux aux municipales…

copyright elisabeth cadot

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3 réflexions au sujet de « Les communes dépassées par les réfugiés »

  1. Les traumatismes, engendrés au sein de l’Union Européenne par l’afflux grossissant des migrations en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient, n’en sont qu’à leur début. A mon humble avis, on doit s’attendre prochainement à une recrudescence spectaculaire du nombre de demandeurs d’asile et des tragédies qui s’en suivent aux portes de l’UE. Aucun des pays membres n’est en mesure d’endiguer, à lui seul, la pression d’un courant incontrôlable.

    Ceci dit, même les pays, comme l’Allemagne, ouverts à un accueil plus favorable de ces migrants ne sont au bout des difficultés d’insertion pour ce flot d’immigrés. Bien sûr, en Allemagne les diirigeants politiques et le secteur économique voient plutôt d’un bon oeil l’arrivée de nouvelles forces vives dans un pays en proie au vieillissement de sa population active. C’est un apport inestimable pour l’avenir de son économie.

    Malgré cela cependanr, les populations locales, confrontées au voisinage des centres d’hébergement de ces immigrés, se montrent souvent plus dubitatives, voire réservées sinon franchement hostiles. C’est surtout le cas dans les nouveaux Länder issus de l’ex-RDA. Là-bas subsiste visiblement un sentiment de xénophobie plus prononcé. Les incidents violents de Heidenau n’en sont qu’une nouvelle illustration.

    Gaétan Sebudandi

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    • Je suis tout à fait d’accord. Peut-on envisager d’expliquer aux jeunes sur place en Afrique que l’Europe n’est pas l’Eldorado qu’ils imaginent? La proposition de la commission européenne d’accorder 1 milliards supplémentaires à ces pays me semble presque déplacée.

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      • Déplacée et dérisoire, cette proposition. En même temps j’ai envie de dire: « mieux vaut cela que rien du tout en fin de compte ».

        Au lieu de proposer un milliard d’euros, la commission européenne devrait plutôt appuyer le projet de Jean-Louis Borloo pour l’électrification de tout le continent africain. Mais cela suppose de mettre sur le tapis 5 milliards. Cinq fois plus que leur proposition initiale.

        Une fois les pays africains dotés d’un approvisionnement énergétique garanti, ils pourront seulement entreprendre la réalisation de projets concertés et coordonnés, au niveau régional, avec les bailleurs de fonds en vue d’assurer l’autosuffisance alimentaire et l’éducation adéquate de leurs populations.

        Il convient de souligner que pour ma part, je ne crois pas un seul instant que la Commission européenne et les autres bailleurs de fonds soient disposés aujourd’hui à soutenir et financer un tel programme d’envergure. Et si, par miracle, une telle hypothèse venait à être introduite dans les faits, il faudrait attendre 10 ou 20 ans avant d’en percevoir les résultats tangibles.

        Autant dire que l’opération n’aurait aucun effet pour ralentir le flot actuel des migrations vers l’UE. Par ailleurs, aussi longtemps que les jeunes Africains demeurent confrontés à une situation sans perspectives d’avenir dans leurs pays d’origine, je ne vois aucun argument susceptible de les dissuader de tenter l’aventure souvent mortelle d’une migration incertaine vers le mirage de l’Eldorado.

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