Les volte-face d’Angela Merkel mettent à mal le jeu européen

Commentaire

Honnêtement, Merkel, je l’aime bien. Et oui. C’est comme ça, ça ne se commande pas. D’abord elle se fiche pas mal de son maquillage, ensuite elle porte des pantalons moches qui ne lui vont absolument pas et pour finir elle met au pas les hommes bouffés de testostérone. Donc pour une Français habituée à des ministres qui se prennent pour des mannequins, c’est très reposant. En plus elle est calme, question émotivité, il n’y a pas grand chose à voir.

Bref, pour moi, Angela Merkel était une valeur sure, un peu genre Golda Meir – les anciens se souviendront – ou Margaret Thatcher – pour les moins anciens – . Avec un avantage, elle est allemande, donc elle a appris qu’on joue en équipe. D’ailleurs elle ne cesse de le rappeler : nous sommes des partenaires en Europe et gare à ceux qui ne suivent pas. Parce que c’est vrai, il faut le dire, elle est devenue un peu la cheftaine en Europe. Hollande, Rajoy, Renzi et évidemment Tsipras n’ont pas le choix, ils sont obligés de faire bonne figure. Comme je vous le disais, c’est elle qui porte le pantalon.

Sortie du nucléaire

Sauf que voilà, par deux fois, elle a pris tout le monde de court et fait des volte-face spectaculaires. Elle n’a pas joué en équipe. Elle a surfé sur l’émotion. Incroyable. La première fois c’était après Fukushima et sous la pression de résultats électoraux régionaux (dans le Bade-Würtemberg) favorables aux Verts. En trois jours, après avoir fait voter en octobre 2010 la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires – ce qui était assez décevant pour une ex ministre de l’environnement – elle a décidé que l’Allemagne sortait du nucléaire. Boum. Comme ça, toute seule sans consultation des partenaires. Une décision qui a pris de court la France notamment, fait exploser le prix de l’électricité en Allemagne et redonné de la rentabilité à l’exploitation du charbon, particulièrement polluant. Mais comment ne pas surfer sur la vague d’émotion qui avait saisi la population allemande après l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima ? Impossible à une politicienne aussi habile qu’Angela Merkel de rater ce virage…

Suspension de Schengen

La deuxième fois, on vient de la vivre. Certes elle a pris son temps. Il a fallu les dérapages de plus en plus virulents de « l’Allemagne obscure » -selon les termes poétiques du Président de la République pour désigner une populace déchaînée – attaquant le foyer de Heidenau pour qu’elle réagisse. Et puis émue elle-même – ou surfant sur l’émotion – devant les images de réfugiés, femmes, enfants, jeunes hommes en exode, des images qui rappellent des souvenirs (voir notre article), elle a ouvert ses bras ou plutôt les frontières à tous ces malheureux. Avec une déclaration choc, sans consultation européenne : les migrants syriens obtiendront automatiquement l’asile. Le reste de l’Europe a retenu son souffle, maugrée et admiré aussi, il faut le dire, mais la conséquence n’a pas tardé : « Allemagne » est devenu le cri de ralliement des déshérités, il a retenti jusque dans les camps éloignés d’Irak ou les banlieues de Kaboul en Afghanistan. C’est évidemment très bon pour l’image de l’Allemagne mais en quelques jours l’afflux est devenu ingérable. Avec un grand risque : celui que l’opinion publique ne bascule. Alors une nouvelle fois Angela Merkel a fait volte-face : Schengen, la sacro-sainte liberté de circulation de l’Union européenne, a été mis à mort – ou presque – d’une petite phrase sèche du ministre de l’intérieur allemand. Berlin a fermé ses frontières – provisoirement. François Hollande a été prévenu une heure avant.

Les partenaires européens auront certainement bien médité cette séquence. Les réactions en France où une germanophobie primaire devient très tendance sont une mise en garde : si la cheftaine ne joue pas le jeu, si le pays le plus puissant n’agit pas avec beaucoup de doigté et de prudence en consultant ses partenaires, les égoïsmes nationaux, déjà très exacerbés, prendront le dessus. L’Europe est à deux doigts de la faillite…

copyright elisabeth cadot

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2 réflexions au sujet de « Les volte-face d’Angela Merkel mettent à mal le jeu européen »

  1. Elle a beau être pondérée, réfléchie, habituée à peser le pour et le contre, Angela Merkel en scientifique chevronnée, doublée de politique de haut vol, n’en est pas moins une femme perméable à l’émotion, bouleversée par le drame des migrants en provenance des zones de combats au Moyen-Orient. Mais elle a vite pris conscience de l’erreur stratégique commise face au flux massif des réfugiés vers l’Allemagne.

    Contrairement aux hommes qui nous gouvernent en Europe, Angela Merkel a réagi la même semaine en décidant le contrôle aux frontières, à titre provisoire. Pour ne pas trop bousculer les partisans de Schengen. N’empêche qu’en Allemagne on sait, d’expérience, combien le provisoire peut durer. A l’instar de l’ex-capitale fédérale provisoiremennt fixée à Bonn durant plus de quarante ans.

    Franchement, il faut être naif ou de mauvaise foi pour ne pas apercevoir les multiples risques et les dangers potentiels d’une arrivée massive de réfugiés, venus parfois de zones contrôlées par l’Etat Islamique et ses partisans. Ces derniers, on le sait, ont déclaré la guerre ouverte aux valeurs de l’Occident. En plus de toutes les considérations humanitaires, cette dernière dimension mérite également de retenir l’attention de nos diirigeants au sein de l’Union Européenne.

    Gaétan Sebudandi

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  2. On apprend sans surprise que la liaison Münich-Salzburg est fermée sine die. Fête de la bière oblige, n’est-ce pas! Il semble que les réfugiés ne sont pas tellement islamisés au départ mais c’est plutôt ici que de « sympathiques islamistes » viennent profiter de leur détresse pour essayer de les enrôler. Cela deviendra dangereux si nous ratons l’intégration

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