Sur les pas de la Panke : le passé de Berlin

La rivière secrète de Berlin, la Panke serpente à travers le nord-est de la capitale. Le charme de son parcours rappelle que le Berlin « hipster » et branché est très récent. Il a succédé à un passé industriel mais aussi politique plutôt sombre. A la découverte de quartiers peu connus et de lieux oubliés, voici la deuxième partie de notre ballade au fil de la Panke endormie…

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Un pont qui coupait la ville de Berlin en deux/Photo EC

Cette promenade facile, démarre là où elle se terminait autrefois : à l’emplacement du Mur qui coupait Berlin en deux. Il n’en reste pas de trace,si ce n’est une marque sur le trottoir (voir l’article précédent « Berlin : sur les pas de la Panke »). Difficile de s’imaginer que le « couloir de la mort » était particulièrement large à cet endroit. Et que, – d’après les renseignements que l’on peut trouver sur le site de la  Panke –, le régime communiste avait même fait sauter des immeubles pour élargir cette zone. Nous quittons donc l’ancienne partie Est de la ville. Pour ceux qui veulent faire l’ensemble de la ballade de la Panke en une journée, une suggestion : une halte au café Mirabelle, un établissement culte, avant de passer « drüben », de l’autre côté comme on disait autrefois ! J’y ai dégusté une soupe de légumes toute simple, un vrai délice.

Alimenter la capitale

Les "colonies" le long de la Panke/Photo EC

Les « colonies » le long de la Panke/Photo EC

Notre objectif : l’embouchure de la Panke dans la Spree.Pour y parvenir nous suivons la « promenade Walter-Nickutz », parallèle à la Koloniestrasse (la rue de la colonie). Pourquoi ce nom français ? Il s’agit des « colonies » installées autour de Berlin par Frédéric II, Roi de Prusse, au XVIII siècle. Elles devaient fournir de la nourriture à la capitale. Plus tard de nombreux militants communistes les ont occupés. Aujourd’hui on découvre un paysage de jardins ouvriers fleuris et de cabanes de bric et de broc qui longent la rivière. Un chemin verdoyant en plein cœur de la capitale qui nous amène à Wedding, l’ancien quartier « rouge » de Berlin.

Le Berlin ouvrier

Une ancienne fabrique de câbles/photo Lothar Schnitzler

Une ancienne fabrique de câbles/photo Lothar Schnitzler

Tout à coup en effet, finie l’idylle, l’ancien Berlin industriel apparaît : une usine de câbles de 1892 – on peut à peine deviner l’inscription sur le fronton de l’immeuble – convertie en appartements -, une construction longiligne en briques rouges de la compagnie berlinoise des transports (BVG). Les grandes halles sont aujourd’hui transformées en ateliers pour artistes, lieux d’exposition et salles de hip-hop. La haute cheminée des cuisines de «l’ancienne cantine de Wedding », est un vestige de l’époque où se retrouvaient à cet endroit le personnel de la compagnie BVG, conducteurs de trams, contrôleurs ou ouvriers. Réminiscences de  » Goodbye to Berlin » de Christopher Isherwood.

Wedding, en pleine transformation

L'ancienne cantine de Wedding/photo EC

L’ancienne cantine de Wedding/photo EC

On croise la grande avenue Osloerstrasse et nous arrivons  vraiment en plein Wedding, un quartier dont le visage change très rapidement. Très populaire il y a peu, habité par de nombreuses familles turques, il est en voie de gentrification. Lors de mon précédent séjour il y a quelques années, les buveurs de bières, attablés dès le matin devant de modestes « kiosques » (c’est à dire bistrots) faisaient partie du décor. Quelques boutiques bio avaient bien fait leur apparition mais au compte-goutte seulement. Quant aux galeries, c’est simple, elles pliaient bagage, faute de clientèle. Les acheteurs potentiels ne fréquentaient pas ce quartier considéré comme plutôt ringard. Aujourd’hui, c’est une toute autre atmosphère, très berlinoise d’ailleurs : café branché mais tranquille, clientèle de jeunes trentenaires hip, musique space et journaux internationaux à disposition… Nous constatons la transformation le temps d’avaler un espresso (petit noir) au Café Dujardin sur la Uferstrasse.

La Wiesenburg, alternative et morbidephoto EC

Il est temps de retrouver notre Panke. Nous arrivons dans un complexe à l’atmosphère étrange, la « Wiesenburg » construit sur les deux rives de la rivière. Ce lieu un peu morbide a servi de décor à de nombreux films comme « Lili Marleen » ou « Blechtrommel » (Le tambour) et même la série télévisée préférée des Allemands « Tatort ». Ce n’est pas très étonnant ! Ce bel ensemble de bâtiments – quelques recherches m’ont appris qu’il date de 1896 et a servi de foyer social pour des personnes sans abri jusqu’à la première guerre mondiale et jusqu’en 1933 de foyer juif – a failli être rasé. Sauvé in extremis par l’engagement de quelques artistes, il est aujourd’hui entre les mains d’une société immobilière privée qui est censée en faire un lieu de rencontres. Un café alternatif s’y est installé.

La Panke va mourir

Notre ballade touche à sa fin. La Panke n’a a plus longtemps à vivre avant de se jeter dans la Spree, un des deux fleuves principaux de Berlin. On longe l’hôpital de la Bundeswehr, la Boyenstr. et la rivière disparait. Et puis la revoilà sale cette fois-ci, sortant d’un déversoir avec fracas et force mousse blanche. Elle est conduite dans un grand bassin le Nordhafen, le port du nord qui fait partie d’un ensemble de canaux de navigation reliés à la Spree. Notre objectif est atteint, la ballade se termine. A bientôt pour une autre découverte…

La Panke se déverse dans le port du nord/Photo EC

La Panke se déverse dans le port du nord/Photo EC

copyright elisabeth cadot

 

 

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