Six ans pour une médiathèque française à Bonn

Le rayonnement français à l’étranger, ce n’est pas seulement, me semble-t-il, la vente d’armes – ou de rames de métro – à l’Arabie Saoudite, c’est aussi la présence culturelle chez notre principal partenaire commercial – et politique : l’Allemagne. Malheureusement nombre d’Instituts français périclitent par manque de financement et seuls des trésors d’énergie permettent d’éviter le naufrage. C’est ce qui s’est passé à Bonn. Une histoire édifiante…

Ouverture en musique avec le groupe  /Photo Institut Français de Bonn

Ouverture en musique avec le groupe Marion Lenfant-Preus und Band /Photo Institut Français de Bonn

Il s’en est fallu d’un cheveu que la bibliothèque de l’institut français de Bonn – 50 000 volumes – ne se retrouve sur le trottoir. Comme une vieille douairière usée par la vie. Cet Institut remonte en effet à l’année 1952. Un demi-siècle plus tard il devient « Institut franco-allemand » (Deutsch-französisches Institut) sous le double parrainage de l’ambassade de France et de l’université de Bonn. En 2009, la bibliothèque est fermée : il faut rénover le bâti et dépoussiérer l’inventaire, mais l’argent manque. S’en suit donc un long sommeil… de six ans. Jusqu’à l’arrivée du député des Français de l’étranger Pierre-Yves Le Borgn’. « Lors de ma première visite à cet Institut, raconte-t-il, le deuxième étage était barré par un panneau : « bibliothèque fermée ». J’ai demandé pourquoi. La directrice de l’Institut, Françoise Rétif, m’a alors montré des dizaines de cartons pleins de livres dont elle ne savait que faire ». C’est à ce moment-là que le député socialiste s’est transformé en prince charmant de la culture. Il a d’abord proposé d’envoyer les livres à un lycée de Sarajevo cruellement en manque d’œuvres françaises. (Ce député couvre en effet une circonscription gigantesque qui va du Rhin aux Balkans). Mais surtout il a ouvert les cordons de sa bourse, en l’occurrence sa réserve parlementaire et a généreusement consacré 40000 € à ce projet.

Après les efforts , les lauriers

L'ambassadeur de France est satisfait/photo Institut Français Bonn

L’ambassadeur de France Philippe Etienne rappelle ses souvenirs de Bonn/photo Institut Français Bonn

Ce coup d’envoi donné, la directrice s’est démenée pour trouver d’autres soutiens financiers. Un véritable parcours du combattant. Finalement des institutionnels allemands comme la Caisse d’Epargne locale, l’Université de Bonn ou des mécènes de la ville ont bien voulu mettre au pot. A partir de 2013 les plans pour une nouvelle médiathèque ont été mis sur pied. Et durant l’été dernier professionnels, stagiaires et retraités volontaires ont travaillé d’arrache-pied pour concevoir et organiser le nouvel espace. Bref, au bout de six ans une médiathèque modeste mais moderne vient de voir le jour.

Emprunter des livres

Évidemment on peut se poser la question : faut-il vraiment une médiathèque française dans une grande ville allemande, qui dispose à la fois d’une imposante bibliothèque municipale et d’une bibliothèque universitaire, le tout à l’heure de l’internet ? Il suffisait de voir et d’entendre la joie et l’excitation de Christine, jeune professeur de français dans un des lycées de la ville , pour avoir la réponse:  « C’est formidable, on n’a plus besoin d’acheter des livres chers, on peut venir les emprunter ici. Je reviens de Suisse francophone, c’est hors de prix. Il y a même des manuels pédagogiques ici.. »

Le maire de Bonn Ashok-Alexander Sridharan/photo Institut Français Bonn

Le maire de Bonn Ashok-Alexander Sridharan/photo Institut Français Bonn

Quant au nouveau maire de Bonn Ashok-Alexander Sridharan, pas encore intronisé, il s’est souvenu avoir suivi des cours de langue il y a 30 ans dans cet Institut. Des cours qui se poursuivent aujourd’hui encore. Cette présence française qui s’affirme ainsi au cœur de l’ancienne capitale fédérale où travaillent de nombreux francophones – notamment au sein du très important Secrétariat de l’ONU pour le climat (celui qui prépare la COP21 ) est sans aucun doute un atout .

Il faut d’ailleurs le reconnaître, la France , avec 11 instituts, 3 antennes culturelles et 10 instituts franco-allemands, entretient une présence culturelle dans presque toutes les villes d’importance en Allemagne. C’est bien mais …beaucoup trop cher. L’Allemagne se contente de huit Instituts Goethe pour toute la France. Une réforme a donc été mise en place, très jacobine dans son esprit : les institutions culturelles sont regroupées sous l’égide d’une nouvelle entité, l’Institut Français d’Allemagne. Elles ne sont pas affranchies de la tutelle du ministère des affaires étrangères – à l’inverse des Goethe – par contre elles doivent chercher des financements extérieurs. Bref un montage boiteux qui oblige tous ces instituts à travailler avec des bouts de ficelle. Aujourd’hui l’événement à Bonn est crée par l’ouverture d’une médiathèque que l’on trouve dans presque toutes les communes de France. Il faut pourtant s’en réjouir…

copyright elisabeth cadot

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