Migrants en détresse, Allemagne déchirée

Les images des milliers de réfugies pataugeant dans la boue de Slovénie font ici l’ouverture des Journaux télévisés. A l’heure du dîner on découvre, éberlué, ces hommes et femmes prêts à tout pour atteindre la Suède mais surtout l’Allemagne. On en attend quelques 800 000 au total. Alors en quelques semaines la placide et débonnaire Allemagne qui m’était familière, celle aussi du « welcome refugee »  s’est transformée en un pays au bord de la crise de nerf.

Dimanche soir, heure de grande écoute.J’ai décidé de regarder l’un des talk-shows les plus suivis du pays, celui de Günter Jauch . L’un des participants Hans-Ulrich Jörges, journaliste au magazine Stern relate ce qu’il vient de voir en Slovénie. La voix lui manque presque pour décrire un camp où « les réfugiés sont traités comme des prisonniers », « femmes et enfants obligés de coucher dehors avec une seule couverture car il n’y a plus de place dans le camp ». Cette émotion reflète les sentiments d’une bonne partie des Allemands que je rencontre. « Il y a peu de thèmes qui intéressent et émeuvent autant les gens que celui du traitement des réfugiés », déclare d’ailleurs Ulrich Kelber, député SPD au quotidien General Anzeiger. Les médias allemands – et notamment les télévisions – informent régulièrement les téléspectateurs : ils suivent au plus près la marche des réfugiés et envoient des images et des témoignages parfois éprouvants.

Angela Merkel menacée

L’élan de solidarité de la population allemande se poursuit certes mais il s’accompagne aussi désormais d’un sentiment d’impuissance, voire d’hostilité. Ce n’est guère étonnant car la déclaration volontariste de la chancelière, « on va y arriver », répétée en boucle, est contredite par la réalité : des autorités débordées, –  lundi soir on apprend que 6000 migrants qui viennent d’arriver à Passau en Bavière n’ont pas d’abri pour la nuit  -, un flot qui semble ne pas vouloir prendre fin et  peu de pistes de solutions . Le résultat est sans appel : deux Allemands sur trois sont persuadés que cette crise va changer l’Allemagne et autant craignent que l’on n’importe des terroristes. Le parti de la chancelière, la CDU, chute désormais à 36% d’opinion favorables, d’après un sondage de l’institut Emnid publié dans l’édition du week-end du quotidien populaire Bild. C’est le plus mauvais score enregistré depuis septembre 2012. Le très raide ministre des finances Wolfgang Schaüble a même estimé que l’atmosphère était « dramatique » à la base du parti. Quant à la chancelière,elle même, elle a perdu 9% de points de satisfaction en 3 semaines, au profit de son rival et partenaire de la CSU bavaroise. Un partenaire qui ne cesse de critiquer sa politique. La menace d’une scission du parti conservateur CDU-CSU n’est pas exclue. Ce qui signifierait la chute d’Angela Merkel. On se frotte les yeux!

Manque de solidarité européenne

Dans le pays le mécontentement s’exprime aussi vis à vis des voisins européens. Le journaliste du Stern  l’a bien résumé au cours de l’émission que je regardais :  il n’y a pas de solidarité européenne, s’est-il plaint. Lorsqu’il s’agit de récupérer de l’argent, alors, oui, elle joue. Mais lorsqu’il s’agit de partager les charges, alors l’Allemagne est seule.Je ne peux m’empêcher de penser qu’il a plutôt raison.

Il est donc plus que temps pour les partenaires européens de l’Allemagne, de s’entendre sur des solutions communes. Le mini-sommet d’hier est peut-être un premier pas dans ce sens avec un accord européen pour améliorer dans les 24h la coordination entre les pays de la  route des Balkans mais aussi, mettre en place une centaine de milliers de places d’hébergement notamment en Grèce. La politique de l’autruche en tous cas n’est plus de saison, car les réfugiés, un peu comme autrefois le nuage de Tchernobyl, ont tendance à passer les frontières.

copyright elisabeth cadot

Publicités

2 réflexions au sujet de « Migrants en détresse, Allemagne déchirée »

  1. En affirmant un peu vite que l’Allemagne pouvait absorber le flot des réfugiés, en septembre dernier, Angela Merkel a fait preuve d’un sens humanitaire qui l’honore. Elle n’en est pas moins responsable d’une erreur stratég ique aux conséquences incalculables. Elle a ouvert sur l’Union Européenne la boîte de Pandore, libérant sur l’Allemagne et ses partenaires un afflux de migrants qu’aucun pays n’était en mesure d’accueillir dignement dans de si brefs délais.

    Résultat, même en Allemagne où l’accueil des demandeurs d’asile était plutôt vu d’un bon oeil, aujourd’hui la crainte de perdre son identité nationale et d’importer de graves risques de terrorisme ne cesse de gagner du terrain au sein de la populatiion.

    Le phénomène est subitement devenu évident et si préoccupant que bon nombre d’observateurs en viennent à mettre en doute la capacité de l’Union Europénne à faire face à la déferlante des migrants du Proche-Orient. On en est à requérir la solidarité d’Outre-Atlantique, les USA et le Canada en tête, mais aussi de l’Amérique latine, pour mieux partager le fardeau des flux migratoires, à l’approche de l’hiver.

    Gaetan Sebudandi

    J'aime

    • La chancelière visiblement n’a pas mesuré toutes les conséquences de ses déclarations humanitaires. La base de la CDU – son parti ne comprend plus et ne suit plus sa chef : en général ce genre de situation se termine mal, il est presque impossible de rester au pouvoir sans l’appui du parti.
      Il ne reste plus beaucoup de temps pour redresser la barre. Et montrer que l’Allemagne et l’union européenne sont capables de gérer l’arrivée d’un million de personnes. Reste le défi de l’intégration…

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s