Gros temps pour la chancelière Angela Merkel

La chancelière a perdu son aura. En quelques semaines seulement. Partout ailleurs les récents chiffres du chômage 6% – les plus bas depuis 24 ans – auraient provoqué un accès d’euphorie. Pas en Allemagne où adversaires politiques et faux amis d’Angela Merkel flairent leur chance. Mutti (maman) aurait-elle perdu le sien ? Dans l’effervescence actuelle, due à la « crise des réfugiés » tout devient possible. J’essaye de résumer…

Le chef du parti conservateur bavarois, Horst Seehofer, habitué des mauvais coups, a mis en demeure la chancelière Angela Merkel de revoir sa politique à l’égard des réfugiés… d’ici dimanche. Un ultimatum, un vrai. Faute de quoi…. les menaces ne sont pas réellement prononcées mais on spécule par exemple à Berlin sur le retrait des 3 ministres CSU du gouvernement. Je vous précise , la spécialité de celui que l’on appelle « le lion de Bavière », c’est de rugir (bien sur) et concrètement de mettre du sel dans la machine gouvernementale pour prouver qu’il existe. Il a ainsi, en 2012 lancé une virulente querelle dans les rangs de la coalition en exigeant le versement d’une indemnité pour les mères aux foyers (Betreuungsgeld ou Herdprämie). Angela Merkel a plié. En juillet dernier la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a annulé cette disposition et ainsi désavoué Horst Seehofer. Peu importe, le bénéfice politique avait été engrangé pour lui. Depuis quelques semaines, reconnaissons-le, son Land est en première ligne en ce qui concerne l’arrivée de réfugiés : il ne cesse donc d’attaquer la chancelière. Son ras-le-bol est compréhensible. La méthode pourrait néanmoins se retourner contre lui, comme un boomerang : si la coalition saute, quel est son avenir ?

Sur la gauche, l’allié de la coalition, le chef du parti social-démocrate Sigmar Gabriel , a choisi ce moment pour faire savoir qu’il est prêt à endosser l’habit de candidat à la chancellerie. Il devient ainsi à deux ans des élections de 2017, l’adversaire direct d’Angela Merkel, qui est la chef du gouvernement auquel il participe. Configuration électrique s’il en est.

Préparer l’alternance

Réunis récemment à Vienne les chefs des partis socialistes et sociaux-démocrates européens, ont en effet tenté de nouer une alliance pour modifier le cours de l’actuelle politique européenne, celle de la chancelière. En soutien, sans doute, le ministre français de l’économie Emmanuel Macron, lors de son passage à Berlin à accordé deux interviews, l’une au journal économique Handelsblatt, l’autre à la Süddeutsche Zeitung. Il y a exposé son projet de « renouveau pour l’Europe ». Et n’a pas hésité à brandir un chiffon rouge qui irrite particulièrement la chancelière et son parti: l’union de transferts.  Pour nous Français, cela signifie que nous faisons pour de bon les réformes qui brisent les vieilles habitudes, a-t-il expliqué. Et cela exige aussi de casser des tabous en Allemagne. Si les Etats membres ne sont pas prêts comme jusqu’à aujourd’hui à toute forme de transferts financiers au sein de l’union monétaire, on peut oublier l’euro et la zone euro. »

Coûts de la crise des réfugiés

En réalité la majorité des Allemands – et notamment le parti de la chancelière allemande – ne croient pas à la volonté de « faire pour de bon » des réformes en France ou dans d’autres pays du sud comme la Grèce notamment. Cette proposition qui n’a rien de nouveau – elle avait déjà été faite dans une tribune co-signée avec Sigmar Gabriel justement – avait provoqué une fin de non-recevoir sèche de la chancellerie. Rappelons au passage que le parti SPD de Sigmar Gabriel ne parvient pas à augmenter son score au-delà de 24%. Je ne suis pas sure qu’à l’heure où les contribuables allemands apprennent que la crise des réfugiés risque de leur coûter quelques 10 milliards d’euros rien que pour l’année 2016 – chiffres de l’Institut allemand pour la recherche économique (Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung), ils soient enthousiasmés à l’idée d’alimenter les caisses vides du chômage des pays du sud !

Sur cette toile de fond assez morose pour Angie, je dois dire, il faut ajouter les ambitions plus ou moins exprimées – mais en tous cas sur lesquelles la presse allemande spécule allègrement – de Wolfgang Schaüble. Lequel est le propre ministre des finances d’Angela Merkel, éternel numéro 2 et qui attend son heure depuis l’époque de Helmut Kohl…

Alors en pleine tempête, c’est un soutien inattendu qui s’est manifesté pour la chancelière : celui de Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des finances grec dans une interview à la chaîne de télévision N24 : « En tant qu’Européen je suis très fière de la manière avec laquelle la chancelière Angela Merkel agit. J’aimerais que chacun en Europe fasse de même. » Comme quoi un bon ennemi est plus sur qu’un faux ami…
copyright elisabeth cadot

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