Inquiétante progression de l’extrême-droite

La chancelière Angela Merkel a beau répéter son slogan « Nous y arriverons », les Allemands n’y croient guère. Ils sont loin d’être tous d’accord pour accueillir « sans limite » des demandeurs d’asile, redoutant les difficultés de l’intégration : « Lorsque la chancelière déclare que l’Allemagne va changer, j’aimerais bien qu’on demande mon avis », déclare ainsi le philosophe et écrivain Rüdiger Safranski . Il n’est pas seul. L’inquiétude est palpable, et l’extrême droite engrange les bénéfices…

« De nombreux Allemands ont peur de s’endormir dans un pays et de se réveiller dans un autre »…cette formule utilisée par un militant de la CDU (l’union chrétienne démocrate) le parti de la chancelière Angela Merkel lors d’une rencontre avec l’euro-député Axel Voss que j’ai suivi à Bonn, illustre bien le climat d’anxiété qui règne.

Le cercle évangélique de la CDU et le deputé Axel Voss/photo EC

Le cercle évangélique de la CDU et le député Axel Voss/Les questions sont nombreuses/photo EC

Certains vont plus loin : la crise des réfugiés a en effet redonné vie au mouvement Pegida. Chaque semaine à Dresde des manifestants se répandent dans les rues en scandant « Nous sommes le peuple » – le slogan utilisé pour protester contre le régime de la RDA et obtenir la chute du Mur – Mais cette fois-ci, c’est beaucoup moins sympathique : il s’agit de la haine de l’étranger, la xénophobie. Je vous avais parlé de ce mouvement à ses débuts, il y a un an. Il avait fini, grâce à la forte mobilisation un peu partout en Allemagne – on se souvient de la cathédrale de Cologne éteinte, pour éviter d’éclairer les manifestants – par sombrer dans l’insignifiance. Mais aujourd’hui, surfant sur la crise des réfugiés, le mouvement s’est trouvé une nouvelle légitimité. Les cibles de sa haine sont bien sur les réfugiés mais aussi la chancelière, le gouvernement ou la presse. Lundi dernier ils étaient environ 8000 dans la rue et n’ont pas hésité à comparer le ministre de la justice Heiko Maas à Goebbels, le chef de la propagande de Hitler. Il ne s’agit pas d’un dérapage mais d’une savante orchestration : quelques temps auparavant ils avaient brandi des imitations de potences dédiées à Angela Merkel ou au chef du SPD Sigmar Gabriel… Bref, pour Lutz Bachmann, le leader de Pegida, poursuivi pour incitation à la haine par la justice, tout est bon pour provoquer…

La violence comme programme

La cathédrale de Cologne toutes lumières éteintes/Photo EC

La cathédrale de Cologne toutes lumières éteintes/Photo EC

Le plus inquiétant est que cette violence verbale s’accompagne de passages à l’acte de plus en plus fréquents. Le plus spectaculaire est sans aucun doute la tentative d’assassinat contre la candidate à la mairie de Cologne, membre du parti de la chancelière (CDU). Rien que pour ce week-end on a recensé par ailleurs un journaliste attaqué dans le quartier bourgeois de Charlottenburg à Berlin pour avoir écrit un commentaire intitulé « Est-ce encore notre pays ? ». A Magdebourg une trentaine de personnes armées de battes de base-ball ont tenté de lyncher 3 réfugiés syriens. Sans oublier le déchaînement de haine sur internet qui oblige les blogs et les médias à fermer les forums sur ce thème. Le journaliste Markus Feldenkirchen, correspondant de Spiegel online aux Etats-Unis, constate à son retour : « J’étais fier, écrit-il, non pas de l’Allemagne, mais de ses citoyens qui avaient visiblement réussi à devenir plus empathiques et civilisés. Mais à mon retour je trouve un autre pays. »

Un « autre pays », sans doute pas, mais le climat se tend dangereusement. L’AfD, un parti populiste qui d’après les sondages obtiendrait actuellement 8% des voix en Allemagne, est un concurrent de la CDU sur sa droite, pour ne pas dire son extrême-droite. Le chef de l’AfD pour la région Rhénanie-Westphalie, l’eurodéputé Marcus Pretzell a estimé qu’il faudrait « comme ultime solution faire usage des armes contre des réfugiés qui passeraient outre les grillages ». Et les militants de base de la CDU tirent la sonnette d’alarme : « Si vous n’agissez pas rapidement, vous les responsables politiques, s’énerve l’un d’entre eux face a l’euro-député Axel Voss, ils seront de plus en plus nombreux à enfiler des bottes brunes.»

Appel à l’État

Quelle intégration pour ces réfugiés?/Berlin Lageso/photo EC

Quelle intégration pour ces réfugiés?/Berlin, le Centre d’enregistrement Lageso/photo EC

Face à cette urgence, le spectacle d’une coalition gouvernementale divisée – (voir mon article précédent « avis de gros temps pour Angela Merkel )- est évidemment catastrophique. Le week-end a servi a resserrer les rangs entre les partenaires conservateurs mais cela ne sera pas suffisant pour rassurer. Le sentiment d’un état dépassé par les événements, d’une « perte de contrôle » – comme le titre l’hebdomadaire d’investigation der Spiegel – est ravageur. « Il faut que nous retrouvions la légalité, que l’état de droit soit renforcé. Et que le flot des réfugiés soit canalisé et diminué », explique donc l’eurodéputé Axel Voss à son public, citant d’ailleurs en exemple le mur érigé par le premier ministre hongrois Viktor Orban. Et il ajoute : « On ne peut pas dire qu’il n’y a pas de limite au droit d’asile ». C’est pourtant ce qu’a affirmé la chancelière, chef de son parti. Une affirmation sur laquelle débattent les juristes mais qui passe très mal dans l’opinion publique face aux images du flux de réfugiés en route vers l’Allemagne. Sans compter les sommes évoquées pour réussir l’intégration de ce million de personnes – augmenté au cours des années à venir par le prévisible regroupement familial. Elles donnent le vertige. 10 milliards d’euros par an. On s’approche de la note de la réunification. La chancelière n’a plus beaucoup de temps pour regagner la confiance perdue…

copyright elisabeth cadot

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