Le mot honni de « guerre » (Krieg) à la une de la presse allemande

S’il y a bien un mot que les Allemands détestent, c’est celui de « Krieg » (guerre). Au-delà de l’immense sympathie et de la compassion pour la France et les Français victimes des attentats de Paris, les déclarations martiales du Président Hollande et du Premier Ministre Manuel Valls ont agi comme un électrochoc. Sur la presse en tous cas…Dès le samedi soir, des confrères allemands craignaient que la France n’invoque l’article 5 du traité de l’OTAN, celui qui implique la solidarité de ses membres…donc de l’Allemagne pour aller combattre en Syrie.

Il m’a fallu un petit temps, je l’avoue, pour comprendre les craintes et les raisonnements de mes confrères. Samedi, l’heure était encore à l’émotion, les témoignages de sympathie individuels se multipliaient. Mais les déclarations de François Hollande « la France est en guerre contre une armée terroriste » ont sonné comme un coup de tonnerre ici. Brusquement le mot terrible, celui de « guerre » que les Allemands n’utilisent qu’avec des pincettes était prononcé. Avec vigueur et détermination, au plus haut sommet d’un état ami. Depuis, dans un revirement étonnant, les journaux allemands ne s’en lassent pas : les titres de la presse ces deux derniers jours le mettent en « une » de toutes les manières possibles, le très sérieux journal économique Handelsblatt n’hésitant pas à titrer « Weltkrieg III », c’est à dire la « troisième guerre mondiale ». Carrément.

La guerre de l'EI fait les titres de la presse allemande/photo EC

La guerre de l’EI fait les titres de la presse allemande/photo EC

Plus sobrement l’édition dominicale de la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), intitulait son commentaire « Weltkrieg », « Guerre mondiale ». Quant au BILD, le journal populaire, il affichait dimanche « Krieg » en lettres géantes, et en caractères plus discrets: « contre notre manière de vivre » . Bref, le lecteur allemand est mis en condition…

En feuilletant, ça n’allait pas mieux : « Devrons nous maintenant faire la guerre ? » s’interrogeait le journal. Et comparant la situation avec les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, BILD expliquait que la France pourrait invoquer l’application de l’article 5 du Traité Nord-Atlantique. Comme l’avaient fait en 2001 les Américains. La Bundeswehr avait alors participé à la guerre en Afghanistan. Et citant un expert militaire de l’aile conservatrice de la CSU, il précisait : « ISIS (l’Etat islamique nous a désormais déclaré la guerre de manière très consciente ». L’édition dominicale du journal d’affaires FAZ, n’excluait pas dans une petite phrase de son éditorial la présence« éventuelle de troupes en Syrie ». Mais réclamait surtout « un gouvernement au visage dur », par opposition au    » visage souriant » que prônait il y a peu encore la chancelière face aux réfugiés.

Face à tant de vocabulaire guerrier, la ministre allemande de la défense Ursula von der Leyen qui participait à l’émission dominicale grand public « Günther Jauch » s’est montrée très prudente. Elle a certes fait preuve de compréhension pour le choix des mots du Président Hollande mais a rappelé que l’Allemagne soutenait déjà les Perschmergas kurdes, qui viennent d’obtenir des succès cotre l’Etat islamique. Et a souligné les timides mais significatives avancées dans les négociations diplomatiques…La Realpolitik, pas plus et pas mois, fermez le ban. Quant au Handelsblatt, – le journal économique – il met en garde : « la doctrine de la dureté et du sans-quartier ne met pas un point final à la terreur, au contraire il l’engendre. » Et il termine avec cette recommandation : « l’Allemagne n’a pas besoin de dureté à sa tête mais de sang-froid. » Une qualité particulièrement requise alors que les attentats de Paris risquent d’aiguiser un peu plus les dissensions dans la question des réfugiés…

copyright elisabeth cadot

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Une réflexion au sujet de « Le mot honni de « guerre » (Krieg) à la une de la presse allemande »

  1. Chat échaudé craint l’eau froide, selon le dicton populaire. En France, comme en Allemagne, la dramaturgie verbale de Francois Hollande, affirmant que la France est en guerre contre une armée de terroristes, ne rallie pas tous les analystes. Certains font remarquer que s’il entend conduire une guerre contre l’armée terroriste de l’Etat islamiste, il fraudra y engager ses troupes au sol, pas seulement déclancher des opérations aériennes, s’il veut éradiquer Daesh de la région. On ne pourra pas se contenter d’une « guerre bobo », selon Jean-Pierre Raffarin.
    Autant dire que la mise en place d’une véritable coalition, crédible en termes opérationnels en Syrie et en Irak, exigera encore de multiples consultations, non seulement avec les alliés traditionnels au sein de l’OTAN, mais aussi avec les Etats limitrophes du Moyen-Orient. Bref, on n’est pas sorti de ce nouveau bourbier.

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