Un miracle économique grâce aux réfugiés?

Depuis l’été, ces images ne nous quittent plus : pauvres hères transportant des baluchons et parcourant des kilomètres à pied à travers l’Europe, enfants à la main ou dans les bras quand ils ne sont pas morts dans la traversée de la méditerranée. L’Allemagne a su les accueillir. Mais aujourd’hui le vent a tourné. Les populistes réclament la démission de la chancelière. Les attaques contre les foyers se multiplient. Parler de nouveau « miracle économique » dans ce contexte est assez osé. Et bien justement, j’ai essayé de comprendre…

C’est grâce aux Italiens débarqués dans les années soixante que les Allemands ont découvert les « Zucchini » (les courgettes), les aubergines et l’huile d’olive. Les Turcs un peu plus tard ont amené le kebab. Et aujourd’hui ce sont les recettes de la Reine de Saba qui nous arrivent d’Erythrée ou d’Ethiopie, avec le café au gingembre et les senteurs de l’encens. Bref, comme le titrait une exposition à Bonn consacrée l’année dernière à l’immigration, l’Allemagne est devenue « toujours plus colorée ».

Le patronat favorable

Mais allons plus loin, l’arrivée massive de réfugiés – près d’un million – d’après les derniers chiffres, va-t-elle bénéficier au pays, au point d’évoquer un nouveau « miracle économique » ?  Cette expression caractérise une période presque mythique de l’histoire récente allemande. Car à la différence de nos « Trente glorieuses », elle ne signifie pas seulement le dynamisme économique mais aussi la renaissance de la fierté allemande. C’était une victoire sur la ruine du pays – et sur son naufrage moral. Mais cette renaissance est due pour une bonne part à la main d’œuvre immigrée venue d’Italie, du Portugal ou d’Espagne et qui travaillait à bas prix. En 1964 le patronat allemand a accueilli en grande pompe un ouvrier portugais complètement éberlué à la descente de son train à la gare de Cologne-Deutz : il était le millionième travailleur immigré. Il a eu droit à une mobylette !

Les mêmes recettes pourraient-elles produire un second miracle économique ? A y regarder de plus près, ce n’est pas complètement illusoire. C’est en tous cas l’avis de l’un des plus puissants patrons allemands, Dieter Zetsche de Daimler, qui déclarait à l’ouverture de la Foire automobile de Francfort en septembre dernier : «  dans le meilleur des cas cela peut être le fondement du prochain miracle économique allemand – comme les millions d’immigrés (Gastarbeiter) des années 50-60 qui ont participé de manière très importante à la croissance de la République fédérale. » C’est à peu près le même son de cloche dans tout le patronat allemand : d’après un sondage réalisé (LAB & Company) pour le quotidien de Münich, la Süddeutsche Zeitung,  auprès de 439 top managers, plus de 60% d’entre eux estiment que leur entreprise trouvera un bénéfice dans l’intégration rapide de ces réfugiés.

Le déclin économique maîtrisé

Pour qui ouvre les yeux en tous cas, les effets sont déjà là : il suffit de prendre un bus dans une ville allemande pour s’en convaincre. Les voyageurs âgés avec cannes et chapeaux voisinent désormais avec des jeunes gens qui parlent des langues difficiles à décrypter : tigrigna, arabe ou autres… Pour Ulrich Walwei, professeur à l’université de Regensburg, interviewé dans la Süddeutsche Zeitung le 17 novembre dernier, vues les sombres perspectives géo-politiques, la population en âge de travailler sera sans doute à la fin de la décade plus nombreuse qu’aujourd’hui, soit plus de 46,2 millions de personnes. Et cela c’est une excellente nouvelle pour l’Allemagne. L’épée de Damoclès du manque de main-d’œuvre pour cause de déficit démographique s’éloigne d’un coup !

Sans compter que le pays a pratiquement atteint le plein emploi avec seulement 4,5% de taux de chômage (statistique OCDE). Les entreprises cherchent donc désespérément de la main-d’œuvre qui puisse assurer l’avenir :  «  L’attractivité d’une ville dépend désormais en premier lieu pour les entreprises des chances qu’elles ont de trouver du personnel qualifié » déclare ainsi dans une interview à l’hebdomadaire économique Wirtschaftswoche l’économiste Georg Hirte, Professeur à l’université technique de Dresde (Wiwo 27.11.2015). Les réfugiés deviendront peut-être ce personnel qualifié qui aura le bon goût de cotiser dans les caisse sociales – actuellement menacées par le déclin démographique.

Un travail d’Hercule

Vous l’aurez compris, ça c’est la version rose-bonbon, disons optimiste. Mais beaucoup d’autres facteurs entrent en ligne de compte. « C’est un travail d’Hercule » n’hésitait pas à préciser d’ailleurs Dieter Zesche. Les experts mettent en garde : il ne s’agit pas d’émigrés mais de réfugiés, c’est à dire de personnes traumatisées qui du jour au lendemain ont tout quitté pour éviter le pire. Elles ne se sont pas préparées à l’Allemagne. Langue, culture, religion tout est différent….De son côté le pays devra faire preuve de flexibilité pour l’intégration (reconnaissance rapide des diplômes, accession facilitée au marché du travail, accueil des familles) et de fermeté dans le respect de ses valeurs. Les 10% d’intention de vote pour le nouveau parti populiste AfD (Alternativ für Deutschland) sonnent comme une mise en garde. La chancelière Angela Merkel n’a plus beaucoup de temps. Et pour reprendre sa formule : « y arrivera-t-elle » ?

copyright elisabeth cadot

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