Intégrer les réfugiés, mais à quelle vitesse?

 

« Ici, tout fonctionne », c’est la réponse que les étrangers donnent volontiers lorsqu’on leur demande pourquoi ils apprécient l’Allemagne. Sauf qu’aujourd’hui les Allemands ont de plus en plus souvent l’impression que rien ne fonctionne. En tous cas, en ce qui concerne la gestion des réfugiés. Angela Merkel va affronter un congrès de son parti particulièrement difficile. En fait j’ai plutôt l’impression que l’Allemagne roule à deux vitesses…

Dans mon courrier électronique, un appel : une famille irakienne vient d’arriver. Le père, la mère et trois enfants. Ils sont logés dans un petit appartement presque vide : seules s’y trouvent quatre chaises de jardin. Ils ne possèdent rien. Qui pourrait fournir une table, un téléviseur ou un four ? Ce courriel a été envoyé à toute la chaîne de bénévoles de la Caritas (le Secours catholique). L’Allemagne se mobilise. A tous les niveaux et de toutes les manières possibles : des habitants organisent des après-midi de rencontres dans des cafés, les organisations humanitaire structurent des initiatives du même genre où dans une ambiance bon enfant réfugiés et voisins font connaissance et échangent conseil, adresses. «  Le modèle marche bien », m’a-t-on confirmé à la Caritas de Bonn ce qui suppose néanmoins « un engagement suivi et régulier des bénévoles ». Les paroisses, les communautés religieuses sont aussi de la partie. Elles organisent des logements ou des rencontres, font du mentorat pour des familles et essayent de recenser des logements disponibles.

Université et presse de la partie

Les universités participent aussi à cet élan, ce qui est sans doute plus utile que beaucoup ne le pensent, car de nombreux réfugiés sont des étudiants dont les diplômes ne sont pas reconnus. Ce qui me semble une erreur grave. Je cite donc l’Institut de Géographie de l’Université de Bonn qui ouvre gratuitement une partie de ses cours aux réfugiés et propose aussi des activités et des rencontres avec les étudiants et les professeurs. La très réputée HUmboldt Universität (Université Humboldt) de Berlin ouvre gratuitement aussi un séminaire en sciences sociales en allemand, anglais, arabe et Farsi. Ce ne sont que quelques exemples…

La presse n’est pas en reste : des émissions comme le Journal de l’ARD (la première chaîne) en format compact (Tageschau 100 ) sont diffusées en langue arabe. La Deutsche Welle (Radio Internationale allemande) a ouvert une page internet intitulée « Premiers pas en Allemagne » traduite en anglais, arabe, Pashtu, Dari et Urdu…

Bureaucratie dépassée

Bref, un formidable effort, une course contre la montre pour intégrer au plus vite les nouveaux arrivants. Et en face, les incroyables lourdeurs de l’administration qui provoquent l’exaspération. « Nous sommes une administration, nous ne travaillons pas le week-end » , voilà ce que j’avais pu lire cet été lors d’une visite à la Lageso à Berlin. Cette administration doit enregistrer les réfugiés et les diriger vers un foyer. Elle est tellement sous le feu des critiques que ses propres collaborateurs sont montés au créneau pour dénoncer le chaos, l’inefficacité qui y règne : l’on convoque 500 personnes, alors qu’il est clair que seuls 200 dossiers peuvent être traités. Les réfugiés arrivent à 5 heures du matin ou dorment dans la rue pour espérer être reçus ! Quant à l‘Office de l’Immigration et des Réfugiés (Bundesamt für Migration und Flüchtlinge), il est lui aussi pointé du doigt. Malgré un retard de 150 000 demandes d’asile non traitées en début d’année, le ministre de l’Intérieur proche de la chancelière, n’avait pas cru bon d’augmenter les capacités de ce bureau. Résultat : avec l’afflux de réfugiés, (le millionième réfugié vient d’être comptabilisé) le nombre de demande d’asile non traitées a explosé : il s’élève aujourd’hui à 350 000 !  Une erreur qui, parait-il, va être corrigée : d’ici fin 2016 le personnel doit être doublé pour atteindre 7300 personnes, vient de promettre le chef du Bureau. Ce ne sera pas de trop !

Inutile de dire que les critiques pleuvent de tout côté et notamment des Länder. Ils sont responsables des foyers d’accueil mais se plaignent que Berlin n’offre pas assez de soutien financier.

Bref, les Allemands éberlués découvrent que leur gouvernement semble incapable de gérer cet afflux qui n’est pourtant pas le premier dans l’histoire du pays. La réunification avait elle aussi provoqué un tel choc.

Carte d’identité pour réfugiés

Le ministre de l’intérieur, critiqué de toutes parts, y compris par le Président du Parlement européen Martin Schulz, a enfin annoncée une réforme structurelle: à partir de 2016, tous les réfugiés seront enregistrés dans un fichier central. En outre une sorte de « carte d’identité pour réfugies » sera introduite. Elle contiendra, outre les données de base habituelles, des informations sur les enfants, la religion, l’état de santé de la personne ainsi que ses qualifications. Cela permettra de savoir au moins combien de réfugiés se trouvent sur le sol allemand. Car pour l’instant les chiffres donnés sont hasardeux : soit les réfugiés ne sont pas du tout enregistrés, soit ils sont enregistrés plusieurs fois, auprès de différentes administrations.

Pendant que l’administration se met lentement en mode de fonctionnement de crise, les difficultés se multiplient : outre les attaques contre les foyers de réfugiés, certains d’entre eux, bondés, ont aussi été le lieu de véritables batailles rangées entre migrant eux-mêmes.

Sur cette toile de fonds, les populistes de l’AfD (Alternative für Deutschland), n’ont guère de mal à engranger des soutiens avec un slogan bien connu, comme le rappellent les humoristes du groupe L’Asile ( Die Anstalt ) : « le bateau est plein… » (Das Boot ist voll)

Copyright Elisabeth Cadot

 

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Une réflexion au sujet de « Intégrer les réfugiés, mais à quelle vitesse? »

  1. Non seulement les populistes de l’AFD le disent mais les groupes de gauche sont aussi pour un arrêt des réfugiés, contrairement d’ailleurs à leurs anciennes déclarations. En tous cas, l’intégration des réfugiés va durer très longtemps à cause de la politique, de la bureaucratie et de la culture. Mais peu importe combien de temps tout cela prendra, à condition que le nombre des réfugiés n’augmente pas.

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