L’apprentissage, un atout pour l’intégration

A l’orée de cette année 2016, un climat d’inquiétude, « German Angst » disent les Anglo-Saxons avec ironie, se répand… c’est vrai, 55% des Allemands avouent avoir des craintes pour l’avenir contre 31% l’année dernière. Mais avec plus d’un million de réfugiés, des voisins européens qui battent de l’aile, et la menace terroriste, il y a de quoi se faire quelques soucis. Reste que le pays se porte fort bien et qu’il a de sérieux atouts. Je vous en présente un…

Commençons par une devinette : quel est le point commun entre l’actuel patron de Volkswagen Mathias Müller, l’opticien Günther Fielmann à la tête d’un empire ou Dieter Schwarz, patron/fondateur de Lidl, l’une des plus grosses fortunes d’Allemagne ? Aucun sauf qu’ils sont tous passés par la case « apprentissage ».

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L’apprentissage au top niveau chez VW

Et la liste pourrait être prolongée. Cette tradition qui rappelle le Moyen-Age, (on était apprenti, compagnon puis maître) a été modernisée en Allemagne. Elle ne s’applique pas seulement à l’artisanat mais à un nombre considérable de métiers depuis la banque, jusqu’au commerce, en passant par les métiers techniques notamment dans l’automobile. Elle est souvent le point de départ vers une qualification ultérieure plus poussée, comme j’ai pu le constater autour de moi. D’autant que la scolarité est longue dans ce pays. Résultat : 7% de chômage des jeunes en Allemagne contre 24,5% en France.

Pragmatisme et expérience

Cet atout, celui d’une formation pratique et souple, pourra sans doute faciliter l’intégration des réfugiés. Parmi les quelques 425 000 demandeurs d’asile enregistrés jusqu’à la fin novembre, on compte en effet 120 000 jeunes entre 18 et 25 ans. Et même si la majorité d’entre eux doit d’abord suivre des cours d’allemand, « des dizaines de milliers d’entre eux s’intéresseront rapidement à des places d’apprentissage » , estime le quotidien économique Handelsblatt. A condition bien sur qu’on les aiguille vers ce système, la fameuse formation duale (duales System) Concrètement, l’apprenti est formé pendant trois ans – deux ans s’il a le bac. Son instruction se déroule à la fois en entreprise (quatre jours de la semaine) et en école professionnelle (un jour). couverture livre JPGComme le fait remarquer le journaliste et auteur Laurent Leblond (1) dans son ouvrage « Le couple franco allemand », cette formation professionnelle « donne à des jeunes de la tranche 16-20 ans une qualification mieux adaptée au marché du travail, c’est à dire un métier plus qu’un diplôme. Environ 60% d’entre eux trouvent un travail sur le lieu d’apprentissage. Cette formation est particulièrement précieuse pour les moyennes entreprises (Mittelstand) qui forment beaucoup de jeunes (en 2013 le System Dual a formé 1,4 millions d’apprentis financés par les Länder et les entreprises contre 600 000 en France).

A cela s’ajoute le fait que l’économie allemande manque cruellement de bras. On estime à 600 000 le nombre d’ouvriers qualifiés (Facharbeiter) qui font défaut. C’est une aubaine pour les réfugiés qui ont ainsi l’espoir d’entrer dans un marché du travail ouvert, à condition de se qualifier. Quant aux patrons allemands, ils doivent faire face au manque de main d’œuvre dû au départ des travailleurs européens du sud dont les pays se redressent et à la faiblesse démographique en Allemagne. Du coup ces nouveaux arrivants sont les bienvenus.

Adapter l’offre d’apprentissage

Mais tout n’est pas rose sur le marché de l’apprentissage : la rémunération moyenne est faible, 750 € par mois. Ce qui d’ailleurs ne veut pas dire grand chose car elle dépend du lieu de travail (est ou ouest du pays) et des accords entre partenaires sociaux, quand ils existent.

Par ailleurs les places de formation proposées sont insuffisantes. Certes pour la première fois depuis 2011, leur nombre a cessé de diminuer et a atteint en septembre 563 100 pour la seule année 2015. Mais la centrale syndicale DGB accuse le patronat de ne pas avoir tenu ses promesses de créer quelques 20 000 places supplémentaires. En réalité il existe un manque d’adéquation entre les désirs des jeunes et les métiers qui recrutent : on recherche en effet de manière urgente des apprentis dans les métiers de bouche (boulangers, bouchers, cuisiniers), dans le secteur du commerce en alimentation et dans la restauration. Il n’est pas sur que les réfugiés puissent ou veuillent combler ces déficits. La centrale syndicale DGB réclame en tous cas un programme spécifique d’apprentissage hors entreprise dans les régions les plus défavorisées, piloté par l’État fédéral, les régions et les partenaires sociaux. Cela avait été mis sur pied en 1990 pour l’Allemagne de l’est. Il suffirait donc de lui donner un second souffle. Un souffle dont l’Allemagne et les réfugiés vont avoir besoin…Et ce n’est sans doute pas Mathias Müller, fils de réfugié d’Allemagne de l’est, ancien patron de Porsche et aujourd’hui à la tête de Volkswagen, qui dira le contraire…

copyright elisabeth cadot

(1) Si ce thème vous intéresse vous pourrez en discuter avec Laurent Leblond qui donne un cycle de conférences au  forum des SAVOIRS  de Chaville à partir du 7  janvier prochain

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2 réflexions au sujet de « L’apprentissage, un atout pour l’intégration »

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