L’onde de choc de la nuit de Cologne

L’Europe de l’insouciance, c’est bien fini. Il m’a suffi de prendre un train – le Thalys qui relie la France et l’Allemagne – pour m’en convaincre clairement. A la gare du nord à Paris, un nouveau rituel s’est installé : chiens policiers, portail de sécurité pour les bagages et policiers armés jusqu’aux dents. A Cologne, la place de la gare est aussi gardée par des policiers. Les agressions s’y multiplient. Mais une nuit, celle du 31 a tout changé. Et son onde de choc n’est pas prête de s’apaiser…

Des petits groupes de  fêtards sont bien là lorsque je descends du train de Paris, décidés à ne pas se gâcher le plaisir, à  deux semaines du coup d’envoi de la « quatrième saison », celle du carnaval, comme on dit à Cologne.

fêtards du carnaval janvier 2016

Préparatifs du carnaval/ janvier 2016

Pourtant, rien à faire, malgré leurs cheveux verts et leurs déguisements colorés qui animent le grand hall de la gare, le climat a pris un tour anxiogène depuis qu’une meute de jeune hommes étrangers – principalement arabes – , s’est livré à de violentes agressions contre des jeunes femmes dans la nuit du 31 décembre. On dénombre plus de 600 plaintes, 43% pour agressions sexuelles. Le célèbre magazine d’investigation allemand, der Spiegel, n’y est d’ailleurs pas allé par quatre chemins. Son éditorial est intitulé « L’attentat », (das Attentat).

Cologne, une ville mal gérée mais au laisser-aller plutôt sympathique, souvent qualifiée de « Naples du nord » se trouve désormais affublée d’un qualificatif : « La honte de Cologne » (Die Schande von Köln). Pour qui connaît la ville, comme c’est mon cas, on se frotte les yeux.

Un réveillon d’horreur

Les faits reprochés sont révoltants : un millier d’hommes environ se sont livrés à des vols et des agressions sexuelles contre des femmes venues simplement fêter le nouvel an. La liste des actes déclarés à la police (plus d’une centaine) et que se sont procurés les médias est écœurante. Le mode opératoire scandaleux – encercler des femmes pour mieux les voler et les agresser sexuellement à l’abri des regards. Une pratique nommée, parait-il, « taharrush gamea » (le harcèlement sexuel des femmes dans les foules) que l’on connaissait jusque là de la Place Tahir en Egypte ! Les Allemands éberlués découvrent les pratiques des délinquants venus d’ailleurs comme la « danse » (Antanzen)pour déséquilibre la victime et mieux la voler.

Un autre élément qui explique l’impact de cette affaire est le manque de réactivité stupéfiant de la police qui a laissé toute la nuit ces jeunes femmes sans défense – il y aurait eu seulement une centaine de fonctionnaires sur place. Des renforts n’ont pas été réclamés. Le lendemain le rapport de la police est simple : « nuit tranquille sans incident particulier ». Une phrase qui coûtera son poste au chef de la police de Cologne…

Conséquences politiques

Ce déferlement de violence et cette apathie de la police ont provoqué la colère de très nombreux Allemands. Cela tombe au plus mauvais moment pour Angela Merkel, alors que l’extrême-droite sous la forme du mouvement Pegida (Legida) ou de partis plus modérés mais xénophobes comme l’AfD (Alternative für Deutschland) engrangent un succès de popularité. Les sondages sont menaçants : le nouveau parti populiste AfD obtiendrait entre 9% et 11,5% des voix…Cette affaire met à mal la « culture de bienvenue » (Willkommenskultur) vis-à-vis des réfugiés. Qu’il est loin le temps (octobre dernier!) où l’on pouvait lire sur certains murs « More Refugees ! ».

Les maigres résultats de l’enquête de la police fédérales sont en effet clairs : Sur les dix-neuf suspects une dizaine était connue pour des faits de délinquance, l’un d’eux pour agression sexuelle. Sept sont de nationalité marocaine, trois sont Algériens, un Libyen, un Tunisien et un «Nord-Africain» figurent dans la liste, avec un Iranien, un Syrien, un Somalien, un Turc, un Albanais et un de nationalité inconnue. Dix sont demandeurs d’asile.

La classe politique durcit le ton

Alors une dizaine de jours après l’attaque de Cologne le gouvernement a compris qu’il devait agir très vite. D’autant que des élections régionales s’approchent (mars prochain). Conjointement le ministre de l’intérieur du parti de la chancelière (CDU) et celui de l’intérieur de l’opposition sociale-démocrate (ils gouvernent en coalition) ont frappé un grand coup : les conditions d’expulsion des étrangers délinquants seront facilitées. Une proposition de loi sera présentée rapidement. D’après les experts il s’agit plutôt de cosmétique politique que de réalité car au final ce seront les tribunaux qui décideront -et il y a de très nombreux recours. Mais c’est un signal. Le gouvernement a aussi clairement fait passer le message au premier ministre algérien Abdelmalek Sellal , justement en visite à Berlin.

Et ce n’est pas du tout. Le temps des précautions oratoires et du faussement « politiquement correct » est terminé : le parti social-démocrate (SPD) réclame que les demandes d’asile venant du Maghreb soient examinées en accéléré, c’est à dire en quelques semaines. Cette durée est actuellement de 15 mois – sans compter six mois d’attente avant le dépôt de la demande – alors que le taux de réponse positive est voisin de zéro.

Plusieurs autres paquets de loi limitant les conditions à l’asile doivent être présentés en urgence au Parlement.

La chancelière sous pression

Pourtant il n’est pas sur que cela apaise le climat dans le pays. Le parti frère (CSU) annonce en effet qu’il réfléchit à déposer plainte contre sa chancelière pour l’obliger à fermer les frontières ! C’est dire la nervosité qui règne.

Et à l’étranger les pays de l’est réclament la réunion d’un sommet d’urgence de l’Union européenne. Ils dénoncent la « terreur libérale » de la chancelière qui mènent, estiment-ils, l’Europe au bord de l’explosion.

Police gare de Cologne 2016

La police désormais présente devant la gare de Cologne sous la cathédrale

Bref, le temps presse. Angela Merkel, saluée il y a peu encore par le magazine américain Time de « personne de l’année » donne l’impression d’être bousculée par les événements. Et l’autorité de l’Etat est remise en cause non seulement par les « attentats » d’étrangers mais aussi – et c’est peut-être plus grave encore – par des bandes de néo-nazis et hooligans déchaînées qui sévissent dans des grandes villes comme Leipzig ou Cologne. Mais la police a promis pour la « Journée des femmes » (Weiberfastnacht) du carnaval, le 4 février prochain, le plus grand engagement de forces jamais réalisé…C’est rassurant mais triste : décidément l’insouciance n’est plus ce qu’elle était…

 

copyright elisabeth cadot

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