La musique pour survivre : de Yarmouk à Bonn

« Il pleure dans mon cœur comme il pleut dans la ville», ce vers de Verlaine m’est venu à l’esprit en voyant le réfugié palestinien de Syrie Aehma Ahmad sous la pluie glacée de Bonn. Mais la ville de Beethoven, pour lui, c’est une chance. Il y a reçu le prix  International Beethoven pour les droits de l’homme, on lui a offert un piano. Désormais il chante avec les enfants de réfugiés. En plein déchaînement politico-médiatique après « Cologne », un rappel à un peu d’humanité…

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Le transport du piano depuis la mairie/photo EC

Un piano bariolé aux couleurs palestiniennes sur la place du marché aux fleurs de Bonn. Il tombe une pluie froide qui se transforme en neige. Pourtant un sourire aux lèves Aehma Ahmad, aidé de quelques amis, a installé son instrument sous le maigre auvent d’une enseigne commerciale. Il essuie les touches mouillées et lance une mélodie orientale qui semble poignante…« J‘ai composé moi-même toutes ces chansons lorsque le camp de Yarmouk a été bombardé, m’explique-t-il. Pour dire aux habitants et aux enfants que la situation était sombre mais qu’un jour cela changerait, qu’un jour nous reviendrons à Damas… »

Un piano pour toute défense

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La musique comme consolation/photo Niraz Saied

Yarmouk, c’est un peu l’anti-chambre de l’enfer, à moins que cela ne soit vraiment l’enfer : un camp de réfugiés palestiniens situé dans le sud de la capitale Damas que se sont disputées les troupes de Assad et celles de Daech. Assiégée, la population souffrant de faim et de typhus, est passée de 150 000 à 18 000 personnes.  Aeham Ahmed a parcouru pendant des mois les rues du camp avec son piano pour consoler les enfants et leur faire oublier la faim. En avril 2015, l’EI s’est emparée de ce camp. Lorsque les sbires de Daech brûlent son piano, Aehma Ahmad décide de partir. Il arrive en Allemagne en septembre dernier par la redoutable route des Balkans. Il est reconnaissant à ce pays qui l’a accueilli : « Je veux condamner fermement les agissements qui ont eu lieu devant la gare de Cologne. Je remercie l’Allemagne de son accueil » précise-t-il dans un large sourire. Et comme en réponse, une passante qui s’est achetée un bouquet d’Iris, lui tend une fleur en lui disant « pour les réfugiés ». Ce samedi matin, la solidarité existe à Bonn. Et cela fait du bien.

 

Au son des mélodies, quelques badauds se mettent à battre des mains, une femme, visiblement arabe elle aussi, se met à danser. Et tout à coup c’est comme si la poésie de l’Orient prenait place au milieu des passants pressés et occupés à chasser les bonnes affaires des soldes.

Une nouvelle vie

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Aeham Ahmad à Bonn/ photo EC

Pour Aeham Ahmad, la société civile s’est mobilisée : L’attribution du Prix Beethoven pour les Droits de l’homme, prévue pour 2016 a été avancée à la mi-décembre 2015, vue sa situation. Tosten Schneider, son initiateur, m’explique rapidement debout sous la pluie : «  il était urgent d’aider ces gens, en tant que musicien. » Cette récompense a été lancé dans l’esprit de Beethoven dont la devise était : « Faire le bien où l’on peut, chérir la liberté par-dessus tout. »(Wohl tun wo man kann, Freiheit über alles Lieben“). Un concert de bienfaisance a été organisé réunissant des musiciens de toute origine et notamment la célèbre pianiste Martha Argerich qui a débuté sa fulminante carrière en jouant Beethoven. Et le maire de Bonn, fils de Brahmane, a reçu cet artiste de 27 ans qui a tout perdu.

Aehma Ahmad dont la main a été endommagée par une grenade, va maintenant essayer de se remettre à la musique classique qu’il a étudiée à Homs et Damas. En attendant, il a fait une demande d’asile et espère que sa femme et ses deux fils restées en Syrie pourront le rejoindre. Il répète partout qu’il remercie l’Allemagne et ne veut pas être une charge. Espérons surtout que le vent mauvais de l’extrême-droite montante et radicale, contre laquelle le BKA (Bundeskriminalamt) vient de mettre en garde – ne vienne pas ternir le sentiment de solidarité et d’humanité dont ont fait preuve jusqu’ici de très nombreux citoyens ordinaires de ce pays.

copyright elisabeth cadot

 

 

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