Le carnaval de Cologne pour effacer la honte du réveillon ?

Le carnaval s’ouvre traditionnellement par la « journée des femmes » (Weiberfastnacht)  – comprenez, la journée où les femmes donnent le ton. Tout Colonais, tout Rhénan – même d’adoption comme moi – le sait. Il est à souhaiter que les réfugiés l’aient aussi compris. Car depuis les violences sexuelles de la nuit du réveillon à Cologne, les Allemands sont à cran. La « culture de l’accueil » est mise en question d’autant que les activités les plus banales – comme les sports – sont désormais touchées par les problèmes de logistique…

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La capitale rhénane, Cologne, veut faire oublier la nuit de violences contre les femmes/Photo EC

Il y a quelques mois une amie sportive m’alertait. A Cologne les gymnases des écoles et lycées étaient réquisitionnés pour y loger les nouveaux arrivants, se scandalisait-elle. Je n’ai pu m’empêcher de sourire. Cela me paraissait plutôt anecdotique et sans doute de courte durée. J’ai eu tort. En réalité, les communes ne savent plus comment loger leurs réfugiés. Sur fond de crise du logement social, elles ont été débordées par l’afflux incontrôlé de réfugiés et s’y sont souvent prises trop tard pour y parer. Le résultat : l’exaspération des élèves, des parents et des associations sportives. Il suffit de lire la presse locale pour la mesurer : « il s’agit tout simplement de la survie du sport dans notre ville » s’alarme par exemple un de ses représentants des associations sportives de Bonn, l’ex capitale. » La municipalité vient d’annoncer la réquisition de 15 gymnases. « D’un seul coup tout le travail de ces associations est annihilé et il faudra des années pour le recréer. » Or, comme le font remarquer de nombreux élus au conseil municipal, les associations sportives sont un très bon instrument d’intégration. Sans compter que les coûts d’entretien de ces gymnases transformés en foyer de réfugies sont exorbitants, d’après les calculs de la Croix Rouge.

La cohésion sociale menacée

Il s’agit certes d’un exemple plutôt léger. Mais il montre bien que le point d’équilibre de la société allemande est atteint. Le sport, ce n’est pas seulement une activité pour les classes moyennes et supérieures, cela concerne tout le monde. Ce sont aussi des places de travail, des entraîneurs, du personnel qualifié etc…Dans leur grande majorité (94% d’après le dernier sondage ARD ) les Allemands sont toujours prêts à accueillir les réfugiés qui fuient la guerre. Les valeurs d’humanité et de solidarité dans un pays encore profondément chrétien ont un écho important. Cette Allemagne ouverte et tolérante, la marque de fabrique du pays depuis la fin du nazisme, ils y tiennent et sont prêts à la défendre.

Mais beaucoup se sentent dépassés, ne croient pas que l’on puisse intégrer autant de réfugiés et se réfugient dans des partis populistes qui flattent la xénophobie, comme l’AfD (Alternative pour l’Allemagne). Depuis les événements de Cologne, les appels à un état fort se multiplient. Capitalisant sur ces peurs, des milices d’auto-défense manipulées par l’extrême droite, se sont constituées dans les grandes villes de la région, comme l’a dénoncé le ministre régional de l’intérieur de Rhénanie du Nord-Westphalie.

Les lavandières prennent le pouvoir/photo EC

Les Lavandières de Bonn ont le pouvoir dans la ville/Photo EC

 

Le défi de Cologne

Alors, « dans quelle société voulons nous vivre? », s’interrogent des intellectuels dans une série de discussions qui tourne à travers l’Allemagne. Paradoxalement c’est peut-être justement de Cologne et de son célèbre carnaval que viendra – si tout se passe bien -, un message positif : celui de la fête et du bien vivre ensemble. La maire, Henriette Reker – victime juste avant son élection en octobre dernier d’un attentat d’extrême-droite – a expliqué que le monde entier regardera comment la capitale rhénane va maîtriser ce défi. Le nouveau chef de la police a annoncé le doublement de ses effectifs (2500 policiers) et une tolérance zéro pour toute forme de violence. Le risque d’attentat reste élevé de manière générale, a-t-il déclaré, mais rien de particulier pour Cologne. Pourtant tous les costumes douteux – avec fusils, armes, depuis le pirate jusqu’à la fausse ceinture d’explosifs (!)sont fortement déconseillés. Des services d’ordre des sociétés de carnaval doivent prêter main forte. Pour éviter les dérapages de la nuit de réveillon l’éclairage sera renforcé à tous les points névralgiques et des interprètes mis à disposition des juges et de la police. Un « Service Point » spécial pour les femmes qui se sentiraient menacées a été installé. Les stocks de sprays de défense sont d’ailleurs épuisés dans les boutiques.  Des brochures ont été publiées par avance pour expliquer aux étrangers – en anglais et arabe – le sens de ces festivités. Elles ont été distribuées dans les foyers de réfugiés.

Souhaitons que malgré les craintes légitimes, sous la pluie de confettis et de bonbons, la société allemande retrouve un peu de son insouciance et de sa cohésion. Cela permettra à la chancelière de souffler. Car Angela Merkel n’a plus beaucoup de temps pour convaincre. Dès le printemps, le nombre de réfugiés va sans doute repartir à la hausse. En attendant Alaaf ! (Hello, le signe de ralliement du carnaval)

copyright elisabeth cadot

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