Carnaval : le droit de rire et de s’amuser sans crainte

Cette année, plus que jamais, la tenue du carnaval de Cologne était importante. Il s’agissait de retrouver confiance après les violences de la nuit du réveillon. Quelle était l’ambiance le jour du défilé géant, le Rosenmontag (lundi des roses), c’est ce que j’ai voulu savoir en me baladant dans la capitale rhénane. Une ville qui jouait gros pour sa réputation et pour celle d’une Allemagne plutôt crispée. Pour moi le pari est réussi…

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Le char de la garde des Princes devant la cathédrale/photo EC

Comme si la nature reflétait les tourments humains, une tempête mémorable avait été annoncée pour la journée, et jusqu’à la dernière minute on ne savait si cette édition du carnaval aurait bien lieu : à Düsseldorf, la capitale du Land, les édiles avaient prudemment fait annuler le défilé. A Cologne, les responsables se sont contentés d’interdire la présence des quelques 500 chevaux de parade et de faire enlever les bâches. Pour le reste, ils s’en sont remis aux dieux du Carnaval. Ils ont eu raison, A l’ouverture du défilé, un ciel bleu s’est ouvert, il n’a pas déserté jusqu’au soir. Le tout par des températures très agréables. Bref, pour ceux qui connaissent le carnaval, on a déjà connu pire… !

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« Défilé de tempête »/photo EC

RAS : pas de tempête

Question ambiance, je n’ai pas noté de différences particulières : les habitants étaient gais et détendus, les costumes réussis. Alors, rien de changé ? Si un fait notoire, la présence massive de policiers.

                                                                           Protection renforcée

Madame la Maire, celle que l’on a surnommé «Aggripina Courage » (Cologne a été fondée par Agrippine) elle-même victime d’un terrible attentat, avait donné le ton : la sécurité par-dessus tout. Le ministre régional de l’intérieur qui jouait son poste, n’avait rien laissé au hasard : tous les cent mètres environ, étaient postées des compagnies de policiers. Par groupes de dix ou douze environ, sérieusement armés, disposant de petites camionnettes, ils surveillaient soigneusement la population. Pas agressifs, moins « armés jusqu’aux dents » que nos policiers, certains la fleur à la boutonnière, ils regardaient néanmoins d’un œil vigilant les alentours. « C’est calme, pas de tempête, me confiait en souriant l’un d’entre eux, mais il y a tout de même eu des attouchements sur les femmes, comme chaque année soupirait-il « . Les chiffres officiels ne seront connus que lors du bilan complet des journées de carnaval. Mais d’ores et déjà les autorités locales constatent que les femmes victimes de violence sexualisées hésitent beaucoup moins à porter plainte. La parole s’est libérée et elle est mieux entendue, semble-t-il, depuis le scandale de la nuit de la Saint-Sylvestre.

Renforts de police

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On ne badine pas avec la « Polizei »/photo EC

D’habitude, les policiers chargés de la surveillance des gares en Allemagne, sont plutôt bedonnants et tranquilles. Les compagnies que j’ai croisées étaient au contraire jeunes, et très attentives. « Nous n’avons pas le droit à l’erreur cette année » a confié un fonctionnaire à nos confrères du magazine en ligne Spiegel online. Lorsque des groupes de jeunes arabes étaient contrôlés, notamment autour de la gare, cela se faisait toujours en présence d’une dizaine de policiers. Pas très plaisant, mais chacun comprenait pourquoi. Le matin même d’ailleurs un petit groupe d’activistes Syriens avait manifesté pour se distancer des attaques sexuelles commises durant la nuit de la Saint-Sylvestre, attaques orchestrées principalement par des groupes de délinquants du Maghreb, soutenus par des réfugiés, d’après ce que l’on sait à ce jour de l’enquête.  Des videurs étaient postés à l’entrée de très nombreux bistrots (Kneipe). De ce point de vue, l’ambiance était bel et bien différente, même si en comparaison de Paris, le ton général est très détendu. La ville n’a pas connu d’attentat terroriste, l’Allemagne non plus…Et cela se sent.

Les chars qui défilaient couverts de fleurs ou de motifs un peu plus politiques comme cette Angela Merkel une noix dans la bouche, correspondant à l’expression « Harte Nüsse » ce qui signifie qu’elle a des dossiers difficiles à régler, ne dérogeaient pas à l’habitude du carnaval. Dérision mais décor soigné…

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Costume inspiré du XVIIIème siècle/Photo EC

 Princes et princesses

A noter que dans la rue, je n’ai guère entendu et rencontré de personnes parlant l’arabe. Cette tradition est certainement inconnue des réfugiés. Reste une question : peut-on vraiment s’amuser alors que le soir même la télévision nous montrait les images insupportables des bombardements à Alep et des enfants réfugiés noyés dans la traversée de la mer vers l’Europe ? La dernière fois que le défilé a été supprimé, c’était en 1991, pour la deuxième Guerre du Golfe. Mais la population n’a guère apprécié. Et spontanément les habitants de la ville sont descendus dans la rue avec un slogan « Des bonbons pas des bombes » (Kamelle statt Bombe).  Il me semble que c’est justement le rôle de ces festivités traditionnelles – le carnaval de Cologne est aussi vieux que la ville – d’offrir une parenthèse, celle d’un laisser-aller collectif joyeux et sans complexe, pour permettre au psychisme ébranlé de reprendre des forces…

(copyright)

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La tradition est transmise/photoEC

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