Angela Merkel retrouve de la popularité, son parti est dans les choux

Le récent sommet européen laisse un arrière-goût amer et de nombreuses questions restent en suspens. Mais il a mis en évidence deux faits : la chancelière allemande est la seule à avoir un véritable concept, et elle est prête – même maladroitement – à se retrousser les manches pour l’appliquer. Sa popularité semble remonter mais pas celle de son parti (la CDU) menacé sur sa droite…

Certaines interviews restent dans la mémoire, d’autres pas. Celle de la chancelière devant les caméras de la chaine publique ARD, le 28 février, en fait partie. Pour ceux qui ne parlent pas l’allemand, je résume : en pleine hystérie – on peut vraiment employer ce mot – politique et médiatique, les téléspectateurs ont découvert une chancelière souriante et sereine, ne reniant pas ses convictions et affirmant tranquillement : « non, je n’ai pas de plan B, parce qu’il n’y en aura pas besoin. Il n’y en a pas d’ailleurs ». Franchement que l’on soit admirateur ou pas d’Angela Merkel on s’interroge, comme l’a fait la presse le lendemain : comment fait-elle pour garder ce calme malgré les violentes attaques dont elle est la cible depuis des mois : celles du chef du parti frère, Horst Seehofer, le leader de la CSU (conservateurs bavarois), mais aussi du premier ministre hongrois Viktor Orban, sans oublier les tentatives de déstabilisation de Poutine et pour que la mesure soit comble, de notre premier ministre Manuel Valls en visite à Munich. Burnout …? Connait pas.

Remontée dans les sondages

Le dernier sondage, réalisé dans la semaine après cette prestation, par l’institut Forsa pour Stern/RTL indique une remontée de la popularité de la chancelière. Elle atteint avec 48% son meilleur score de l’année. Elle a donc convaincu de nombreux téléspectateurs– ce qui ne profite pas forcément à son parti, la CDU. Dans cette optique, les élections régionales seront un bon baromètre pour mesurer la montée en puissance de l’AfD (Alternative für Deutschland) qui gagne sur la droite du parti de la chancelière.

Alors pourquoi a-t-elle su convaincre ? Tout simplement, il me semble, parce qu’elle a corrigé le tir sans abandonner l’essentiel. Et cet essentiel se résume à un mot : l’Europe. Angela Merkel est une chancelière allemande, et l’histoire dans ce pays joue un rôle capital. Les grands hommes politiques qui ont façonné la conscience des générations d’après-guerre comme Richard von Weizsäcker, Helmut Schmidt, voire Helmut Kohl avaient tous un crédo : ancrer l’Allemagne dans l’Europe de l’ouest, éviter les redoutables « Sonderwege », les voies particulières qui ont fait le malheur du pays. Quitte à en payer le prix. C’est au nom de cette conviction, – et après l’intervention ferme de François Hollande -que la chancelière a maintenu la Grèce dans la zone euro, malgré les pressions de son ministre des finances. C’est encore elle qui désormais prend la défense de ce pays, que d’autres, comme l’Autriche par exemple, sont prêts à rejeter hors de l’espace Schengen. C’est donc peu dire qu’Angela Merkel n’a pas apprécié la déclaration du président du Conseil européen, le Luxembourgeois Jean Asselborn, responsable de la migration à l’UE qui déclarait le 25 février à l’issue d’une réunion des ministres de l’intérieur à Bruxelles : « Nous n’avons plus de ligne directrice, nous nous dirigeons d’une certaine manière vers l’anarchie. »

Un « chef d’orchestre » pour l’Europe

Anarchie ? A quelques jours d’élections régionales qui s’annoncent très mal, Angela Merkel veut au contraire convaincre qu’il y a un plan – le sien – et, selon ses mots, un « chef d’orchestre », elle même. Il y a urgence car d’après les sondages parus au moment de son intervention télévisée  81% des Allemands estiment que leur gouvernement n’a pas la crise des réfugiés en main. Alors, pour les téléspectateurs, elle développe une nouvelle fois son plan en trois volets : durcissement du droit d’asile à l’intérieur du pays (une nouvelle loi a été votée), soutien aux pays du Moyen Orient qui fournissent un énorme effort comme la Jordanie ou le Liban. L’Allemagne, avec 154 millions de dollars est le quatrième contributeur au HCR (Commissariat de l’ONU pour les réfugiés)…Et troisième volet, blocage de la frontière extérieure au niveau de la Turquie et pas de la Grèce. Cela fait longtemps que la chancelière essaye de convaincre les partenaires européens qu’une répartition solidaire serait la meilleure solution. Peine perdue.

Alors ? Et bien les Allemands, – même s’ils sont dubitatifs et si les critiques se multiplient sur le fait de « donner les clés de l’Europe » à la Turquie, – semblent reconnaître, d’après le dernier sondage, que la chancelière est la seule à avoir un concept et à essayer de le mettre en œuvre – y compris en brusquant ses partenaires, comme on l’a vu lors du récent sommet européen. Sur ce dossier les Français sont aux abonnés absents, les Européens de l’Est menés par l’Autriche et la Hongrie (clin de l’œil de l’histoire?) ne veulent pas ou plus entendre parler de « solidarité  européenne », quant aux Anglais, ils méditent sur leur Brexit.

Il n’est pas inutile de rappeler que la réintroduction de contrôles aux frontières – l’abandon de Schengen – couterait à l’Allemagne entre 17 et 132€ par personne et par an selon  l’Institut Ifo. D’après un autre institut, la note s’élèverait pour l’Allemagne au minimum à 77 Milliards d’euros d’ici 2025 (80 milliards pour la France). Au-delà de ces calculs, Angela Merkel ne veut pas entrer dans l’histoire comme celle qui aura signé la fin de Schengen et encore moins celle de l’Europe. Elle semble bien isolée…en Europe!

copyright elisabeth cadot

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