La cuisine pour mieux accueillir les réfugiés…

Présenter et mêler des plats typiquement allemands et arabes, occident et orient qui se rencontrent, voilà la recette qu’appliquent des organisations d’aide au réfugiés … Il n’est pas nécessaire de beaucoup parler la langue de l’autre en effet pour couper des légumes, mélanger farine et lait ou mettre des plats au four, bref cuisiner et déguster. Et dans ce domaine, les réfugiés démunis de tout, sont au même niveau que leurs « hôtes ». Au final la petite touche d’émulation permet de retrouver un peu de la fierté perdue. Les cuisiniers-convives découvrent des saveurs inconnues…

Une grande tablée d’une quarantaine de personnes et autour des familles…cela pourrait se passer dans n’importe quelle association ou fête de rue, sauf qu’en l’occurrence il s’agit de réfugiés syriens ou Irakiens et de membres de la paroisse locale d’un quartier de Bonn. Le réseau propose régulièrement des rencontres de ce type, comme un peu partout en Allemagne.

Une cuisine sans chichis mais goûteuse

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Un plat simple à base de produits du terroir : pommes de terre, oignon et pommes.Photo EC

Ce soir le menu allemand est conçu autour de trois plats : en entrée, galettes de pommes de terre râpées à la main, (Reibekuchen) accompagnées de compote de pommes. En plat principal une sorte de pot-au-feu (Tafelspitz) d’origine viennoise et qui se fait en principe à partir du veau, avec sauce au raifort et jardinière de légumes. Au dessert, un gruau rouge (Rote Grütze) à base de framboises, groseilles et autres fruits rouges, une spécialité du nord de l’Allemagne, que l’on nappe de sauce à la vanille…Mine de rien, il s’agit de faciliter l’intégration, en faisant découvrir des plats typiques.

L’ambiance est détendue, l’achat des produits s’est faite grâce au fond du réseau Flüchtlingshilfe (Aide aux réfugiés). Du côté allemand, une cuisinière professionnelle est venue donner un coup de main car les femmes qui généreusement patronnent ces rencontres sont toutes mères de famille – il s’agit d’une paroisse catholique ! – et travaillent. Mais il reste suffisamment de travail pour que tout le monde s’y mette. Du côté arabe, quelques familles sont allées faire les courses accompagnées par des responsables du réseau : à défaut de boutiques syriennes ou irakiennes, elles se sont contentées d’aller chez les Turcs…

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A ma surprise, ce ne sont pas les femmes – qui portent toutes un voile – qui donnent le « la » dans la grande cuisine commune mais bien les hommes ! Des hommes gentils, souriants et qui se retroussent les manches. Très vite, tout le monde parle fort et un peu dans tous les sens. Une jeune fille me déclare dans en bon allemand et avec un large sourire : « vous voyez, c’est comme en Syrie ! ». Et effectivement, il y avait tout à coup, une ambiance différente, une manière de s’affairer un peu chaotique et chaleureuse qui renvoyait à des habitudes méditerranéennes.

Les saveurs de l’orient

J’avoue humblement que je n’ai pas retenu le nom des plats présentés sur de larges plateaux (en fait, les plaques du four). Mais nous avons pu apprécier un menu qui a démarré avec une superbe salade, puis des morceaux de poulets sur un lit de boulghour. S’y est ajouté un autre plateau garni de couches de poulet et de légumes, le tout passé au four et accompagné d’un caviar d’aubergine à base de yaourt. Enfin deux desserts chatoyants, l’un d’entre eux étant constitué d’un mélange de fécule de farine, sucre glacé et lait nappé sur une couche de céréales. Le tout coloré en rouge…

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Autour de la grande table de la salle de la paroisse, tout le monde goûte les différents plats et apprécie. Les échanges sont extrêmement limités par la langue mais les sourires et les applications sur portable de traduction arabe-allemand, essayent de suppléer à ces difficultés. Et pourtant, la mélancolie évidente de certains regards, la timidité de jeunes mères de famille violemment propulsées hors de leur cercle familier, la gaucherie d’un peu tout le monde font régner une étrange atmosphère. Il n’empêche ce soir-là, loin des politiques, chacun s’est donné du mal pour apprendre à connaître et apprécier l’autre. Je ne connais pas de meilleure recette pour l’intégration…

Copyright elisabeth cadot

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