Des parrainages pour faciliter l’intégration

Le pape François a fait un geste d’humanité, salué à juste titre, en accueillant des familles syriennes au Vatican. En réalité il a seulement mis en pratique ce qu’il avait déjà recommandé, à savoir la prise en charge, par chaque paroisse de familles de réfugiés. Sur le terrain en Allemagne,  des systèmes de parrainage sont mis sur pied un peu partout. S’y ajoute l’accueil discrets des nouveaux venus par les voisins. C’est l’intégration à visage humain. Faite d’échanges. Face aux lenteurs du gouvernement et aux populistes de plus en plus extrémistes

Sous le titre « des réfugiés parmi nous », le bulletin d’une des paroisses de Bonn, distribué dans les boites aux lettres, annonce bien la couleur : la volonté d’intégrer les nouveaux arrivants. On peut y lire l’odyssée du chirurgien Jassim K. , originaire d’une des régions frontalières de l’Irak, attaquée par l’IS. Il a fui, comme des centaines d’autres, avec sa famille – sa femme et ses trois fils âgés de 1 à 9 ans – en n’emportant que le strict nécessaire. Un exode qui l’a mené par avion d’Irak en Turquie, puis par bateau gonflable, par bus et train jusqu’au premier camp de réfugiés à Dortmund. En novembre, il arrive enfin à Bonn, après cinq mois de voyage : la ville met à sa disposition un appartement de 2 pièces qui dispose en tout et pour tout de quatre lits de campagne. La famille ne possède rien.

Trouver ses marques

Alors comment prendre pied dans cet environnement inconnu ? C’est là qu’intervient justement le réseau « Aide aux réfugiés » (Flüchtlingshilfe) qui fonctionne dans cette paroisse depuis le printemps 2015. En un rien de temps, grâce à un mail précis envoyé à tous 130 les membres, les dons affluent. Et aujourd’hui, on peut découvrir un appartement cosy, tapis, table, cuisine, télévision, divan… tout y est. Mais l’aide ne s’arrête pas là : elle a aussi une dimension culturelle et personnelle. Tout d’abord, des cours de langue sont organisés spécifiquement pour les mères de famille : elles ont le droit d’amener leurs jeunes enfants qui sont gardés pendant la leçon. Une excellente initiative, car du coup, ces jeunes femmes apeurées et perdues, qui n’ont jamais quitté leur communauté arabe, comme me l’expliquent de jeunes étudiantes syriennes, ont un point d’ancrage. Elles se rattachent à leur professeur qui de son côté, les oblige à s’adapter, à rencontrer des Allemands, à apprendre la langue, dans un cadre délimité et protégé. On leur offre aussi des cours de couture…

Engagement citoyen

Le gouvernement a bien compris l’utilité de cet accueil citoyen. Sous le titre « Entr’aide citoyenne » (Menschen stärken Menschen) le ministère fédéral de la famille a mis sur pied un programme destiné à trouver des mentors, des parrains et des familles d’accueil pour les réfugiés. Une enveloppe de 10 millions d’euros a été mise à disposition. L’intégration doit être facilitée par les contacts personnels estime la ministre Manuela Schwesig.

Elle n’a pas tort. La famille du chirurgien Jassim K. par exemple mais également cinq autres familles syriennes, sont épaulées dans cette paroisse par des parrains et marraines. Leur tâche est d’aider les nouveaux venus dans les démarches administratives, donner un coup de main pour les devoirs de classe ou trouver de nouveaux meubles. On se retrouve pour des activités communes, financées par le fond de la Flüchtlingshilfe, repas en commun (je vous en ai déjà parlé), visite découverte de la ville ou autres. Des relations humaines se créent et chacun découvre l’autre dans une relation encadrée : c’est un point qu’il faut souligner, d’ailleurs, les organisations, confessionnelles ou pas, qui soutiennent ces programmes,  proposent des formations pour les bénévoles. Au programme : des informations de base sur les pays d’origine, les traumatismes possibles, les lois allemandes qui régissent le droit d’asile etc…La bonne volonté ne suffit pas.

Mal du pays

Face à cette organisation de base, le gouvernement ne fait pas très bonne figure. L’Office Fédéral pour les Migrations (Bamf) , malgré une réforme rapide, affiche des chiffres affolants : 460 000 demandes d’asile sont encore en attente de traitement, vient de préciser son directeur Frank-Jürgen Weise. Des centaines de milliers de demandeurs d’asile sont bien enregistrés mais n’ont même pas pu encore faire une demande d’asile, ce qui veut dire qu’ils n’ont pas accès à l’emploi… Et il manque quelques 5000 professeurs pour donner des cours de langue et d’intégration.

A cette lumière, je comprends mieux l’importance de l’aide des bénévoles et l’enveloppe du ministère de la famille. Sans la bonne volonté de ces citoyens – j’ai rencontré beaucoup de mères de famille qui s’engagent après leur travail – l’intégration de ces réfugiés serait gravement menacée. Et le succès n’est pas garanti car le mal du pays taraude beaucoup de ces réfugiés jetés sur les routes par la seule violence de la guerre.

copyright elisabeth cadot

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