Les réfugiés, le talon d’Achille de Merkel

 

L’enthousiasme, malgré les applaudissements, est mitigé dans les rangs de la CDU (l’Union chrétienne-démocrate), le parti d’Angela Merkel. Pourtant sa popularité pourrait faire pâlir d’envie de nombreux responsables politiques qui ont dû quitter la scène, Cameron, Hollande, Renzi, & Co. Angela Merkel vient donc d’être réélue avec 89,5% des voix. Elle tire un bilan positif de son activité mais la chancelière du rassemblement a en fait divisé son pays…

La CDU aurait bien voulu éviter le thème qui fâche, celui des réfugiés. Peine perdue le parti frère, la CSU a lancé la veille de l’ouverture du congrès ses flèches habituelles, rappelant qu’il réclame un seuil de 200 000 personnes par an, au-delà duquel l’Allemagne doit refuserer d’accepter des migrants. La chancelière refuse de se laisser enfermer dans une limite chiffrée: elle a raison, c’est une promesse impossible à tenir. Angela Merkel n’est pas François Hollande. Comme si cela ne suffisait pas, un tragique fait divers – le viol puis le meurtre d’ une jeune étudiante en médecine à Fribourg- vraisemblablement commis par un réfugié afghan, mineur non accompagné de 17 ans -, provoque une vague d’émotion dans le pays et ravive les souvenirs des événements de Cologne. Cette affaire occupe la blogosphère et les médias et nourrit bien sur les craintes et les fantasmes des adhérents du nouveau parti d’extrême-droite allemand AfD. Pourtant la chancelière, une fois de plus, a résisté à l’émotion : elle a même lancé une mise en garde , affirmant « qu’ on ne peut pas généraliser ». C’est là toute la force – et la faiblesse – de cette femme politique. Pas de coup de menton, de pose menaçante. Elle exprime calmement une vérité : d’après les chiffres de l’Institut fédéral de la criminalité (BKA), la criminalité violente est en effet en recul malgré l’arrivée massive de réfugiés. Moins 2,9% pour les meurtres et violences et moins 4,4% pour les viols et violences sexuelles. Le cas de Fribourg est une exception.

Une vérité ignorée

Pourtant les chiffres sont une chose, la réalité vécue et sentie une autre. Un peu comme la température réelle et la température ressentie. Et il est vrai que les 60 000 jeunes – principalement des mineurs non accompagnés (à 90% des hommes) en provenance de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak ou d’Erythrée, posent un gros problème : ils sont majoritairement très peu qualifiés, voire analphabètes et ne parlent pas l’allemand. Nombre d’entre eux sont eux-mêmes traumatisés. Bref, ils sont très difficiles à intégrer. Pourtant très peu sont expulsés, bien qu’un grand nombre d’entre eux n’aient pas d’autorisation de séjour.

Cette vérité là, comme d’autres, la population la ressent. Et il serait dangereux pour la chancelière de l’ignorer. Angela Merkel reste tout de même celle qui, contre l’avis de tous, en Europe et dans son pays, a laissé entrer en Allemagne un flux immense de réfugiés. Pour être tout à fait honnête elle n’avait pas vraiment le choix. Aurait-elle dû faire tirer sur la foule ? En réalité, à un moment de son histoire, l’Allemagne a eu du plaisir à montrer « un visage aimable » comme l’a dit la chancelière elle-même – ah, les nounours et les friandises à la gare de Münich ! – . La population dans son ensemble a été d’accord pour donner refuge à des Syriens menacés par les bombes ou à d’autres personnes en danger. C’était la Willkommenkultur, une notion aujourd’hui caricaturée. Mais ce que le peuple n’a pas supporté, c’est la sensation de perte de contrôle de ses frontières, de ses institutions et le sentiment que la chancelière ne l’entendait plus. Un peuple qui s’est senti pris au piège par des responsables politiques sourds à son inquiétude, menacé par le coût exorbitant que ces centaines de milliers de nouveaux arrivants allaient coûter et confronté à une culture arabe et islamique qu’il ne souhaitait pas.

Changement de cap

Il s’en est suivi, pour le parti d’Angela Merkel une débâcle électorale après l’autre au niveau régional. Jusqu’à ce qu’enfin la chancelière reconnaisse des erreurs. Et donne, – il était temps, – d’autant qu’une série d’attentats ont secoué le pays début août, un sérieux coup de barre en sens inverse avec la « loi sur l’intégration » Une loi restrictive qui prévoit des cours de langue, d’intégration et un lieu de résidence obligatoires mais aussi de sévères limitations au regroupement familial. Pas question de constituer des ghettos à la françaises. On comprend !

Cette politique restrictive, c’est désormais la nouvelle option politique d’Angela Merkel. Les Allemands lui en savent gré : sa popularité remonte. Pour parfaire cette image et éviter l’impréparation de l’été 2015, le gouvernement fédéral et les Länder vont mettre sur pied un centre national de reconduite des migrants illégaux. D’ici la fin 2017 quelques 500 000 personnes pourraient avoir une obligation de quitter le territoire, estiment certains experts. En fait l’équation pour la chancelière est claire : mettre de l’ordre à l’intérieur du pays et limiter l’immigration de l’extérieur. Pour cela en bonne scientifique Angela Merkel a fait un test : l’accord signé avec la Turquie. Elle estime qu’il fonctionne bien. Il ne reste plus qu’à s’en servir comme modèle pour des traités avec des pays comme la Tunisie et l’Égypte. Angela Merkel a en effet promis « que la situation de 2015 » ne se reproduirait plus. De la scientifique à la politique : ce sera en tous cas la clé de son succès ou de son échec.

 

copyright EC

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