Le choc de Berlin

Rien n’a changé et pourtant tout est différent. A Berlin, au lendemain de l’attentat, les marchés de Noël ont été fermés mais ce n’était pas le cas dans le reste du pays. Dans l’ancienne capitale, Bonn, j’ai retrouvé comme deux jours auparavant les échoppes colorées, les flâneurs qui se réchauffent au vin chaud et l’odeur des saucisses grillées. En somme une atmosphère bon enfant. Pourtant quelque chose est différent : les voitures de police placées en évidence et qui barrent l’entrée du marché, la patrouille de policiers armés. L’Allemagne désormais est en état d’alerte mais fait front…

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

En dépit des attentats du mois de juillet en Bavière (une attaque à la hache dans un train régional à Würzbourg et une attaque kamikaze dans un festival de musique à Ansbach) sans oublier la tentative d’un jeune de 12 ans qui voulait se faire sauter sur un marché de Noël à Ludwigsburg il y a quelques jours seulement, l’Allemagne vivait jusqu’à présent dans une sorte de bulle fataliste ou insouciante. On savait certes qu’une nouvelle attaque était probable, mais personne ne semblait prendre de véritable précaution. Ma surprise était grande samedi dernier en déambulant dans le Marché de Noël : pas de policiers armés jusqu’aux dents comme en France, pas de blocs de béton pour barrer les entrées, pas de caméras de vidéo, bref aucune surveillance visible, comme si le pays craignait par-dessus tout de perdre son art de vivre, refusait de revenir en arrière vers une époque plus militarisée et défendait son acquis, cette « coolness » allemande, tolérance nonchalante qui séduit à Berlin mais aussi dans les autres grandes villes, qu’il s’agisse de Hambourg, Munich ou Cologne.

De ce point de vue on peut dire que l’année se termine aussi mal qu’elle avait commencé : personne n’a oublié les fêtes du Nouvel An à Cologne. Cette ville fière de sa tolérance et de son excentricité, avait été le lieu, on s’en souvient, d’agressions sexuelles en groupe, de vols et même de viols sur des femmes venues simplement fêter. Un véritable traumatisme national.Leurs agresseurs étaient des migrants arabes, principalement des Marocains et des Algériens, comme l’ont révélé les plaintes des victimes et l’enquête de police. D’autres agressions du même genre – mais moindre – avaient eu lieu en parallèle dans d’autres villes comme Hambourg ou Stuttgart. Ce choc avait mis un point final à ce que le pays avait pourtant célébré comme la « Willkommenkultur », la culture de l’accueil vis-à-vis des demandeurs d’asile. L’AfD (Alternative für Deutschland), le parti d’extrême-droite marquait des points aux élections régionales. La popularité de la chancelière Merkel était en chute.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Au lendemain de l’attentat de Berlin, faire comme si de rien n’était…

 

Et voilà qu’à quelques jours de la trêve de Noël, à une époque où l’on souffle un peu, où l’on se retrouve en famille, une tragédie d’une autre dimension, l’attentat contre un marché de Noël à Berlin, fait irruption. Un événement qui provoque chez les Berlinois mais aussi ailleurs en Allemagne, une réaction non seulement de tristesse, de sidération mais aussi de combativité. Pas question de se laisser intimider. Pas question de renoncer aux traditions, à un style de vie détendu : le vin chaud comme symbole de la résistance. Mais quelque soit le courage et la volonté de chacun, le pays a changé depuis cette terrible nuit. L’ouverture et la tolérance vont-elles régresser au profit d’attitudes de méfiance et de fermeture ? C’est ce qu’essayent de provoquer les forces politiques comme l’Afd (Alternative für Deutschland) qui n’a pas hésité à parler des « morts de Merkel » avant même de savoir qui est responsable du carnage. De même que le leader de la CSU (Union chrétienne sociale) qui a mis en cause une réunion de campagne des deux partis frères en réclamant une « révision de la politique d’immigration ». La chancelière va donc devoir donner des réponses crédibles : sanctionner les profiteurs du système – demandeurs d’asile ou autres – mais aussi maintenir le cap d’une démocratie vivante et tolérante. C’est un exercice de funambule à l’aube de la campagne électorale pour les élections de l’automne prochain.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

 

Copyright EC photos EC

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s