Une chaîne humaine pour l’Europe

Il faut beaucoup de conviction – ou d’inquiétude – pour consacrer une heure de son temps, un dimanche après-midi plutôt froid, à manifester pour l’Europe. Et pourtant c’est ce qu’ont fait des centaines d’habitants de Cologne, familles avec enfants, jeunes ou seniors, rassemblés sous l’impressionnante cathédrale gothique. Avertie par les réseaux sociaux, je m’y suis rendue.

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La foule n’est pas immense, – entre 200 et 400 personnes – mais très attentive. Sous une grande banderole intitulée « Pulse of Europe », un orateur explique : « Je suis un enfant des années 70. Je ne connais que l’Europe en paix. Lorsque Helmut Kohl parlait de l’unité allemande, il parlait toujours d’une réunification dans le cadre de l’union européenne. Aujourd’hui, après le Brexit, cela n’est plus évident. » . Le public applaudit. L’orateur, Christophe Kühl, n’est autre que le fondateur de l’initiative « pulse of Europe » de Cologne. Il est jeune, entre trente et quarante ans, – comme son public – et avocat de métier. Il se mobilise pour cette initiative de citoyens qui ne représente aucun parti, et qui a déjà organisé des actions semblables à Francfort et à Strasbourg.

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Pourquoi ce nouveau militantisme alors que depuis la crise de l’euro, l’Europe a plutôt été vécue en Allemagne comme un fardeau – au moins financier? Un sentiment nouveau se fait jour, la stupeur et la crainte devant la montée d’un nationalisme vindicatif et chaotique, tel qu’il s’affirme à travers le Brexit en Grande-Bretagne, les décisions de Donald Trump ou le programme de Marine Le Pen. A peine descendue la veille du Thalys de Paris, j’avais d’ailleurs pu mesurer cette inquiétude en découvrant à la gare de Cologne les écrans où défile l’actualité : « Marine le Pen veut sortir de l’UE » . Plusieurs orateurs libres se succèdent à la tribune, et le premier résume bien ce sentiment : « On veut remettre l’Europe au premier plan. On veut juste sauver l’Union européenne. On voudrait éviter que la France ne sorte de l’Europe. Cela nous fait peur. »

Même tonalité chez l’un des porteurs de la banderole, Jörn, producteur de télévision : « Il s’agit de sauver l’Union européenne, pour sauver la paix en Europe. Il est temps d’être européen pour une cause et non pas seulement contre l’Europe ». L’Allemagne en effet connaît elle aussi une montée du populisme et du nationalisme sous la bannière du parti AfD (Alternative für Deutschland). Un parti lancé à l’origine (2013) par des professeurs qui se prononçaient justement contre le sauvetage de l’euro. A partir de juillet 2015 ils ont été remplacés par une direction aux positions conservatrices et nationales, voire même aujourd’hui par certains acteurs d’extrême droite aux accents anti-sémites.

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Margarete, une jeune femme de 29 ans, a décidé de se mobiliser. C’est d’ailleurs une nouveauté pour une partie de cette jeunesse : « Je trouve l’Union européenne formidable. Pour ma génération, vivre en paix est une évidence. Mais peu à peu, nous sentons une inquiétude, l’idée que peut-être cela pourrait ne plus exister. Nous ne voulons pas nous laisser entraîner par ceux qui veulent nous faire peur avec l’Europe. Nous voulons au contraire montrer que l’Europe est un acquis positif. » A la tribune, une jeune femme explique simplement : « Je n’ai jamais parlé derrière un microphone. Hier j’étais à Amsterdam, dans une semaine à Paris. L’Europe, explique-t-elle sous les applaudissements, pour moi c’est une affaire qui me touche au cœur. » Pourtant à quelques dizaines de mètres, sur les escaliers de la cathédrale, trois jeunes regardent, indifférents, cette manifestation. Ils ne savent pas de quoi il s’agit, n’ont jamais voyagé en Europe et ne sont pas capables ou n’ont pas envie d’articuler un quelconque point de vue. Ils représentent l’Europe des perdants, une clientèle potentielle pour tous les populistes – si tant est qu’ils aillent voter ! C’est un petit garçon de onze ans, Gabriel, qui représente l’espoir. Il distribue les tracts où figurent les 10 thèses de l’initiative « Pulse of Europe » et me dit en français :  « c’est pour défendre l’Europe contre ceux qui veulent terroriser (faire peur). » La semaine prochaine nouvelle rencontre à Cologne pour une chaîne humaine. L’ambition est d’en faire autant à Paris ! Des élections cruciales se déroulent en effet cette année en Europe avec les Pays-Bas comme premier rendez-vous…

copyright EC /copyright photos EC et ALT

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6 réflexions au sujet de « Une chaîne humaine pour l’Europe »

  1. Cette europe redeviendrait palpable alors ? Elle serait encore capable de faire bouger les citoyens ? Tout n’est pas perdu donc ! Merci Elisabeth – voyons ce qui va se faire en France…

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  2. Une bien belle découverte ce soir, grâce au journal d’Arte : Pulse of Europe. J’ai tout de suite cherché à en savoir plus sur internet et j’ai découvert votre blog. Et votre article si tonifiant. Merci, Elisabeth. L’espoir a encore ses droits !

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    • Votre commentaire me touche, car j’ai un lien fort avec Clermont-Ferrand. Je pense qu’en ces temps où le renfermement et le nationalisme sont prônés sans complexe, c’est aux citoyens d’affirmer qu’il existe d’autres valeurs, de paix et d’échanges, symbolisée par la construction européenne. Bravo à vous, donc!

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