Avenir noir pour le charbon

 

Franchement cet hiver n’a pas été très gai dans l’ensemble. Un ciel bas, peu de lumière et pas de vent… Ajoutez à cela le froid, et il y avait de quoi avoir le blues. Mais pas pour les grands électriciens allemands. Ils appellent cela « Dunkelflaute », un néologisme germanique, qui signifie à peu près « calme plat sombre ». On l’a vécu pendant plusieurs jours en janvier. Et pour eux, ce n’est que du bonheur…Pourquoi ? Je suis allée voir de plus près…

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C’est une promenade d’un genre un peu particulier. Un « skywalk »de 14 mètres qui surplombe… une mine de lignite à ciel ouvert. Le panorama est industriel : charbon noir et machines métalliques. A l’horizon les éoliennes. Elles sont à l’arrêt par manque de vent. Des images qui rappellent un peu les films de Fritz Lang. Nous sommes ici, dans la baie de Cologne, devant l’une des plus grandes mines de lignite au monde. Son nom : Garzweiler. On y parle au superlatif. L’excavatrice géante numéro 291 peut sortir 291 000 mètres cubes de charbon (en fait une sorte de tourbe) par jour, peut-on lire sur le tableau explicatif. Le diamètre de sa roue – que l’on vient admirer – est de 22 mètres, soit l’équivalent d’un immeuble de sept étages ! Le cœur des petits garçons et de leurs papas ingénieurs ou techniciens bat plus fort devant cette impressionnante démonstration de force industrielle. L’électricien RWE propriétaire exploitant, propose même à partir du printemps un spectaculaire « parcours-découverte ».

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Cela permet sans doute de belles photos, mais la réalité c’est qu’en fait c’est ce temps bouché et immobile qui justifie l’existence de la mine, comme l’explique le chef de la branche centrale électrique de RWE au quotidien économique Handelsblatt : « Ce sont le gaz et le charbon qui ont assuré la couverture des besoins en électricité de l’Allemagne ». Effectivement. Il suffit de regarder les diagrammes très instructifs du think tank Agora Energiewende  pour comprendre. Le 17 janvier, journée particulièrement calme, les énergies renouvelables ou intermittentes, d’après le Think tank, ont assuré à peine 15 000 Mégawatts. Les centrales traditionnelles, elles, ont produit quelques 67 000 Megawatts. La sécurité énergétique allemande – et française d’ailleurs aussi puisque nous importons du courant allemand– est assurée par les énergies traditionnelles, le charbon, le gaz et même encore… le nucléaire ! Mais en réalité, le grand gagnant c’est le gaz, comme le constate Agora, avec un volume qui a augmenté de 27% entre 2015 et 2016. L’utilisation du lignite est en lent recul (- 2% ), la houille est la grande perdante (-6,5%). Un accord signé en 2007 entre l’Etat et deux Länder prévoit l’arrêt des subventions à la houille pour 2018. Cela signera l’arrêt de mort de cette extraction. Les experts prévoient la fin du charbon en Allemagne pour…2038 !

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Le recul du charbon, malgré les satisfecit des électriciens est une bonne chose. Car le lignite est une ressource de surface ….et à l’aune de cette mine gigantesque, le paysage est ravagé. Des villages entiers ont disparu, des milliers de personnes ont été déplacées. D’autres vont l’être encore. Les villages avoisinant sont d’une tristesse accablante. Cela touche les Allemands qui régulièrement ont droit à des films impressionnant montrant les dents géantes des excavatrices mordre la terre. Et cela dans une région à la densité de population particulièrement élevée. Il faut néanmoins reconnaître que l’exploitation telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui n’a rien à voir avec les pratiques de l’ancienne RDA, par exemple. Celle-ci recelait aussi en Lusace de grands gisements de lignite. Qui ne se souvient de l’odeur acre qui prenait à la gorge dès que l’on franchissait la frontière, le lignite servant aussi au chauffage individuel. Aujourd’hui, dans la région de Cologne-Bonn par exemple, les exploitants sont soumis à des contraintes sévères et ont dû reverdir les mines désaffectées.

Pourtant malgré ces efforts, une partie de la population est exaspérée par la lenteur de la sortie de l’énergie carbonée. Un quart de l’électricité allemande (23%) provient en effet encore du lignite. Une énergie particulièrement polluante. L’Allemagne émet en terme de CO2 environ 0,53kg par kWh(chiffre évalué pour 2015), d’après le Bureau fédéral de l’environnement. Cela représente néanmoins une baisse d’un quart des émissions par rapport à 1990. Et la baisse se poursuit. Mais à titre de comparaison grâce au nucléaire, la France affiche un taux enviable de 0,09kg de CO2 par kWh. Autre nuisance, les particule fines PM10, – cancérogènes -dont « on observe souvent des dépassements les jours où le vent ne souffle pas… », dixit RWE. Pas de chance c’est justement ces jours-là qu’on a besoin du charbon ! Alors en août dernier , des adhérents du mouvement Ende Gelaende  ont mené une « action de désobeissance » en investissant les mines rhénanes, c’est à dire Garzweiler (à voir sur la video.) Et ils promettent de se faire entendre lors de la COP 21 qui se déroulera cet automne justement en Rhénanie – plus précisément à Bonn. La société civile se mobilise pour soutenir les renouvelables en pleine croissance : elles fournissent désormais 32,2% de l’électricité allemande. On aimerait pouvoir en dire autant de la France (15% de renouvelables) qui semble plutôt se complaire dans son parc nucléaire vieillissant ou hors de prix. Sans véritable questionnement sur la dangerosité de cette énergie.(2)

copyright texte et photo EC et Lothar Schnitzler

  1. Handelsblatt 9.02.2017 « Pourquoi le charbon et le gaz sont revenus » (Warum Kohle und Gas zurückkehrten),
  2. Voir le documentaire impressionant de France 2, diffusé le 12.02.2017 « De Paris à Fukushima, les secrets d’une catastrophe »
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4 réflexions au sujet de « Avenir noir pour le charbon »

    • C’est impressionant, comme on le voit sur les photos, par la taille, le bouleversement du paysage et les machines. Je pense que ça doit l’être encore plus quand on fait le tour proposé par RWE et qu’on mesure de près le gigantisme des excavatrices, ce qui n’est pas possible en hiver. Mais cela n’a rien à voir avec une mine sous-terre, comme on se l’imagine.

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