La xénophobie atteint le milieu de la société

On s’en souvient. Les années 2015 et 2016 ont été marquées par la violence en Allemagne, celles des attaques contre les foyers de demandeurs d’asile, mais aussi celle des réfugiés contre les femmes à Cologne, ou pire encore l’attentat de Berlin. Dans ce climat anxiogène, un parti populiste aux accents de plus en plus radicaux, l’AfD propose des réponses simples. Le gouvernement a senti le danger et a réagi. Mais le plus inquiétant c’est que l’état d’esprit dans le pays a changé…

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Des réfugiés à Berlin en septembre 2015/Photo EC

Angela Merkel l’avait promis mais franchement on n’y croyait pas beaucoup. Et pourtant le pari est tenu. L’accord conclu entre l’UE et la Turquie il y a presque un an, le 13 mars 2016, a clairement stoppé l’arrivée massive de réfugiés en Allemagne. En janvier 2016 quelques 50 532 personnes avaient déposé une demande d’asile. Elles ne sont plus que 16 057 en janvier 2017, soit une diminution de 68%, d’après les chiffres de l’Office pour la migration et les refugies  (BAMF). Après l’attentat au camion à Berlin commis par un demandeur d’asile tunisien en décembre dernier, la chancelière convaincue qu’il faut prendre le problème à la source, s’est rendue personnellement dans les pays d’origine des demandeurs d’asile, Maghreb, Afrique noire ou Egypte pour mettre en place d’autres accords du même type. De quoi rassurer. Le climat semble donc s’apaiser même si de nombreuses ONG et des partis politiques comme les Verts, très sceptiques, ont dénoncé ces accords conclus avec des régimes peu respectueux des droits de l’homme… Résultat : la baisse de l’AfD (Alternativ für Deutschland)dans les sondages, qui de 14% en début d’année se retrouve à 10% d’intentions de vote.

Discussion nauséabonde

Mais si les chiffres des sondeurs sont plutôt rassurant jusqu’ici, il n’en reste pas moins qu’au détour d’une conversation, autour d’une tasse de café, dans le quotidien, des remarques fusent qui dénotent des points de vue très proches de l’AfD. Les discussions sont parfois si vives qu’elles finissent par des éclats au sein même des familles. Claus, par exemple, un retraité aimable, n’est pas prêt d’oublier son anniversaire. Le cousin invité n’a pas hésité à lancer : « Nous avons nos pauvres ici. Ils n’ont pas de logement. Comment se fait-il que l’on ait pu si vite débloquer des fonds pour les réfugiés ? » relayé par sa femme affirmant : « les réfugiés ne sont pas qualifiés, ils ne trouveront donc pas d’emploi et vont vivre à nos crochets pendants des années. »  La discussion a pris une tournure tellement nauséabonde que d’autres invités ont failli partir. Et pourtant m’expliquait Claus, « il s’agit de gens gentils, avec un bon niveau d’éducation. Il ne faut pas les prendre au sérieux ». Peut-être, mais ils ne sont pas les seuls à proférer ce genre d’arguments. Il y a d’un côté, ceux qui ont peur et de l’autre ceux qui veulent aider. Mais là encore, tout peut se brouiller comme cette bénévole particulièrement dévouée qui s’est mise à déclarer lors d’une réunion à laquelle j’assistais « qu’elle en avait assez de ces réfugiés profiteurs » pour évoquer quelques minutes plus tard des réfugiés syriens qui avaient réussi à décrocher un contrat d’embauche chez le boucher d’un supermarché. Comme si la boussole était déréglée, comme si, après le hype émotionnel de l’accueil, – la fameuse culture de l’accueil -, un sentiment de déception ou d’épuisement privé et collectif se faisait jour. Et cette xénophobie latente ou exprimée ne se limite pas aux classes populaires, comme on le dit volontiers, on la retrouve dans tous les milieux…

Un procès en forme d’avertissement

C’est la même constatation que fait une serveuse de 41 ans, Steffi Brachtel à Dresde, une bénévole courageuse qui aide les réfugiés et a été menacée de mort par un groupuscule extrémiste dans son village de Freital. Le procès de cette bande – huit prévenus ordinaires – vient de s’ouvrir à Dresde. Le « groupe Freital » a été qualifié de « terroriste » par le Parquet fédéral pour les crimes graves commis à l’été et à l’automne 2015 contre le foyer de demandeurs d’asile. Le calme est revenu depuis que la troupe d’assaut GSG9 les a arrêtés mais Steffi Brachtel, constate amèrement dans une interview de la FAZ (7.03.207) : « la xénophobie n’a pas disparu avec ces arrestations. Le pire c’est qu’elle a atteint ici le milieu de la société ». Pour certains, la bombe attachée à la fenêtre de la cuisine du foyer « c’était quelques pétards…une plaisanterie un peu bête de jeunes… » Ce procès pourrait avoir une fonction d’avertissement. Mais l’on n’ose imaginer ce qui se passerait si le Président turc Erdogan ouvrait de nouveau le passages aux migrants. Une menace qu’il brandit pourtant de plus en plus souvent…

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