Où va la France ?

 

Frankreich, Frankreich… chantait dans les années 80 un groupe colonais culte faisant rimer joyeusement et sans aucune retenue, « cigarette », « baguette », « Jeannette »et « Claudette ». La presse allemande d’aujourd’hui donne une autre lecture de la France. Plus sombre, inquiète et réaliste..mais aussi à l’écoute de voix françaises.

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Dans la dernière ligne droite, des quotidiens allemands ont en effet choisi de donner la parole à des personnalités françaises. Trois d’entre elles ont retenu mon attention. Tout d’abord celle de l’écrivain Edouard Louis dans la Süddeutsche Zeitung. Interview remarquable, du 20 avril dernier. L’auteur de « Eddy Bellegueule » y décrit ses origines, père longtemps chômeur et aujourd’hui balayeur de rue, mère sans travail en Picardie. Sa famille, dit-il, vote FN parce qu’elle est « raciste, réactionnaire, misogyne et homophobe » explique-t-il. Mais, ce qui peut intriguer le lecteur allemand c’est la grille de lecture que l’écrivain propose.

La gauche et les phrases vides

Il explique en effet que sa mère a le sentiment que « personne ne les voit, personne ne parle avec eux. » Sauf le FN. D’après lui la gauche actuelle n’évoque plus des notions de base comme « la faim, le travail, l’exploitation ». Elle les a remplacées par des expressions comme « le dialogue social », le « vivre ensemble », le « bien commun ». Et il n’hésite pas à écorner la figure hautement respectée d’un philosophe allemand .« Du Habermas qui tourne dans le vide », estime-t-il. Voilà de quoi faire réagir le lecteur cultivé et – peut-être de gauche – de la Süddeutsche Zeitung ! Le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron, – que les Allemands ont fini par découvrir- en prend d’ailleurs aussi pour son grade. Le « dialogue des partenaires sociaux »  qu’il prône, sur le modèle allemand, n’est qu’une « phrase » assène le jeune écrivain . « Mes parents savent instinctivement qu’il n’existe pas ce dialogue social. » explique-t-il. Bref, la carte postale est bien loin…L’impact de la description de son milieu par ce jeune écrivain est visiblement tellement forte en Allemagne, que je découvre – alors que je suis en train d’écrire mon article – , que Spiegel Online publie également un passage de son second ouvrage « Histoire de la violence » (Im Herzen der Gewalt) qui va paraître en traduction en août prochain. (Fischer Verlag)

Spiegel Online, la version numérique du célèbre magazine d’investigation, donne en outre la parole à Riad Sattouf, l’auteur de bandes dessinées. Et celui ci déclare avoir peur de Le Pen. Ce qui n’étonnera guère les Allemands très inquiets à ce propos. Mais surprise, notre auteur de BD, avoue que sa plus grande angoisse c’est la « haine de l’Europe »  propagée par de nombreux candidats au profit de la politique russe ». Il faut avouer que vu d’Allemagne, cette politique paraît en complet décalage, hors du temps.

L’Europe de l’intelligence

Un dernier coup d’œil à la presse économique. Et là je découvre dans le quotidien économique Handelsblatt une tribune intitulée « Au-delà de la campagne électorale » (« Jenseits des Wahlkampfs »). Elle est signée d’un Charles-Edouard Bouée, dont j’avoue avoir totalement ignoré l’existence jusque-là. A tort sans doute, car il est le patron d’un des plus importants cabinets de conseil en entreprise allemand, Roland Berger. Charles-Edouard ne mâche pas ses mots : « la France va mal » est sa première phrase. Ce n’est pas vraiment un scoop! Pour autant, une fois déroulés tous les maux français que nous connaissons, ce spécialiste qui a parcouru le monde, met en avant avec précision les atouts français, dans le domaine des start-ups par exemple. Son analyse des tensions de la société française et des peurs qui s’y articulent, l’amène néanmoins à une recommandation à l’adresse des Allemands : prenez ces peurs au sérieux!  Les problèmes – chômage, mondialisation et transformation technologique accélérée – ne disparaîtront pas une fois l’élection passée. Au lieu de se raidir sur ses positions (l’austérité par exemple), l’Allemagne devrait favoriser la coopération européenne dans des domaines d’avenir. L’intelligence artificielle par exemple. « En alliant le talent des ingénieurs allemands et celui des mathématiciens français ». Une idée assez nouvelle et rafraîchissante dans une campagne électorale qui s’est beaucoup délectée des ratés de notre modèle mais a peu porté de solutions dynamiques, tournées vers l’avenir. Comme si la France recroquevillée ne pouvait pas les imaginer. C’est peut-être à l’étranger qu’il faut entendre les Français optimistes…Du coup je vous épargne Alain Finkelkraut interviewé pourtant lui-aussi dans le grand journal libéral FAZ!

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