Turbulences politiques en Allemagne

Emmanuel Macron va devoir s’habiller chaudement – selon une expression consacrée allemande – pour réussir la « refondation de l’Europe ». Le résultat de l’élection allemande est sans appel : Angela Merkel et son allié bavarois (32% des suffrages, une baisse de 8,6 points de pourcentage) est affaiblie, son partenaire social-démocrate laminé (20%) et l’extrême-droite de l’AfD entre avec 13,5% comme troisième force au Bundestag. Les conséquences ne se sont pas fait attendre : le parti social-démocrate a renoncé à poursuivre la coalition avec les conservateurs. Manque de chance c’est justement le parti qui approuvait les options européennes de notre Président…

Qui a prétendu que l’Allemagne était le pays de la stabilité politique ? Au soir des élections, notre voisin se retrouve dans une constellation peu enviable. La chancelière n’a pour l’instant d’autre option que de former une coalition avec deux petits partis, les libéraux du FDP et les Verts, qui ont des points de désaccords assez clairs. Ce serait la fameuse coalition Jamaique, dont je vous avais parlé dans mon papier précédent. Comme si ce grand écart ne suffisait pas, à l’intérieur même du camp conservateur de la chancelière, le partenaire bavarois, talonné par l’AfD, le parti d’extrême-droite, a annoncé qu’il « fallait redresser la barre à droite ». Autrement dit, avant même que les discussions ne commencent, les tensions sont programmées.

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Photo Pixabay.com

Bien entendu, les Allemands sont passés maîtres dans l’art de nouer des coalitions – même si c’est un processus qui peut durer des mois. Depuis 1949 ils n’ont connu que quatre années durant lesquelles un gouvernement a pu s’appuyer sur un parti majoritaire au Bundestag (le Parlement). Emmanuel Macron qui connaît bien le système allemand, a décidé de profiter de ce temps de latence pour pousser ses pions et présenter son grand discours pour la refondation de l’Europe dès mardi prochain. Mais à priori on voit mal comment la chancelière serait en mesure de lancer des réformes d’envergure tant qu’elle n’aura pas formé son nouveau gouvernement.

D’autant plus qu’elle dépend désormais de l’accord du parti libéral (FDP) notamment. Et son jeune et ambitieux leader Christian Lindner, a clairement répété la position qu’il avait défendu durant sa campagne, lors de la grande émission de TV qui rassemblait au soir même des élections tous les chefs de parti y compris Angela Merkel.

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Christian Lindner/Bonn/photo L.Schnitzler

Interrogé sur les projets européens de Macron, (un ministre des finances et un budget de la zone euro) – il a répondu sur un ton tranchant : « S’il s’agit de mettre en place une institution destinée à contrôler de manière contraignante les règles établies et que l’on appellerait ministre des finances, je trouverais que c’est une bonne idée. Mais s’il s’agit d’accroître l’influence politique pour manipuler des résultats qui objectivement n’ont pas été atteints, la réponse serait non. » On ne saurait être plus clair! Les pays du sud n’ont qu’a bien se tenir…Quant au budget de la zone euro, le chef du FDP est ferme, là-aussi :

« En ce qui concerne le budget de la zone euro – c’est à dire la transformation de la zone euro en un état – Monsieur Macron parle de plusieurs pour cent (Macron aurait prévu 4%) de la richesse économique de chaque pays, ce qui veut dire pour l’Allemagne 60 milliards ou plus- un tel budget d’où l’argent va partir financer les dépenses de l’état français ou compenser les errements politiques et financiers de l’ère Berlusconi en Italie, c’est inimaginable et cela sera pour nous une ligne rouge. »

 Reste que personne ne sait pour l’instant quel sera le rôle de Christian Lindner, deviendra-t-il ministre des finances comme il en a exprimé le désir ou restera-t-il chef de son groupe parlementaire ? Il est beaucoup trop tôt pour le dire. Peut-être Emmanuel Macron aura-t-il la chance que le redoutable mais europhile Wolfgang Schaüble garde son porte-feuille de grand argentier.

Bref, au terme d’une campagne que certains avaient qualifié un peu vite d’atone, l’Allemagne voit son paysage politique chamboulé : l’arrivée massive du parti d’extrême-droite AfD, la fin de la grande coalition, le retour des sociaux démocrates dans l’opposition et une perspective gouvernementale difficile. L’Allemagne dont on vante volontiers la stabilité va donc vivre des semaines turbulentes. Cela risque de donner du fil à retordre à ses partenaires…

copyright EC

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