Cap à l’ouest

Le golfe clair du Morbihan/photo elisabeth cadot

Le golfe clair du Morbihan/photo elisabeth cadot

Pour mes vacances, c’est en général le vent d’ouest qui m’appelle : je vous emmène donc à la découverte d’une portion du sentier côtier du Golfe du Morbihan. La « petite mer » (Mor- mer, bihan-petit en breton)  dispose en effet de quelques centaines de kilomètres de voies pédestres, souvent les anciens chemins des douaniers.

On démarre avec un circuit assez classiques de plus de 10km en empruntant une partie du GR 34, celui du Tour du Golfe. Le site de départ est le Moustoir, un petit village dont la particularité est d’avoir un seul commerce qui a été sauvé in extremis par des citadins convertis au charme de la campagne et qui ont regroupé l’épicerie, le bar et le tabac-presse. Les habitants en font un lieu de rencontre. La vie locale en est considérablement enrichie. C’est aussi une bonne adresse pour le touriste car il est ouvert tous les jours sauf le mercredi et offre également une petite restauration. Une fois bien équipé, c’est direction la mer.

Un bâti modeste, et la foi toujours

Minuscule chapelle Saint-Martin/juillet 2014/photo elisabeth cadot

Minuscule chapelle Saint-Martin/juillet 2014/photo elisabeth cadot

Au passage une délicieuse chapelle, la chapelle Saint-Martin, des longères chics et de minuscules maisons de pêcheur rénovées en pastels vert délavés. Et puis c’est une baie qui s’ouvre dans le Golfe. On longe un sentier côtier où s’entremêlent les odeurs de résine de pin, de goémon, l’iode de la mer et les putréfactions de la vase. Avec une fragrance sucrée qui provient des genêts en fleurs. Aucun parfumeur n’a encore développé une odeur aussi subtile. On se croirait Grenouille, dans le Parfum de Patrick Süsskind : le vent lui apporta quelque chose : quelque chose de minuscule , d’à peine perceptible, une miette infime , un atome d’odeur et même moins encore, plutôt le pressentiment d’un parfum. »

En allant d’un bon pas -ce qui n’est pas toujours facile car il faut tantôt passer sur les plages et escalader des rochers parfois glissants, tantôt avancer à travers les frondaisons sur un sentier aux dénivelés fréquents, on arrive en vue de la cale de Pen er Mern. Grâce à l’action énergique d’une association, le pire a pu être évité, c’est à dire la construction d’un gigantesque parking!

Maisons menacées

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La maison à la tourelle, juin 2014, photo elisabeth cadot

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Il a bataillé et ne s’avoue pas vaincu/photo elisabeth cadot/juin 2015

Dans ce lieu idyllique où l’on peut louer des kayaks de mer ou des voiliers, la maison à la tourelle, les pieds dans l’eau, met une touche d’originalité. En été on peut y voir les habitants et les amis y boire l’apéritif sur leur terrasse. Comme une invitation au farniente…Et pourtant cette maison est menacée. C’est également le sort d’une autre habitation une dizaine de mètres plus loin. Son propriétaire Goulven Vernois nous salue depuis le mur de sa terrasse. Il est de bonne humeur mais en réalité sa situation est difficile. La maison de Goulven Vernois a été construite en 1882 par son grand-père Cap Hornier. Deux autres constructions sont dans le même cas. Elles sont édifiées sur le Domaine Public Maritime qui est défini par une loi datant de Colbert comme l’espace qui va de la mer jusqu’à la limite la plus extrême des marées hautes. Un espace interdit à toute utilisation privative. Ces maisons anciennes doivent donc être démolies au frais de l’occupant. Après une bataille juridique épique suivie par la presse, Goulven Vernois a bénéficié d’une AOT (Autorisation d’Occupation Temporaire) renouvelable jusqu’à sa mort, car il a fait de sa maison son habitation principale. Son voisin de 82 ans, qui avait bénéficié d’une autorisation de dix ans pour sa maison, a préféré la démolir. L’arrière grand père cap hornien n’avait sans doute pas prévu que l’Etat déciderait un jour- en 1990 – de ne plus accorder d’autorisation d’occupation temporaire. Pourtant ces maisons familiales centenaires n’ont rien de tapageur : « Les voisins d’en face – de l’autre côté de la baie – m’ont dit que ma maison faisait partie du paysage. Vous verrez, nous dit Goulven Vernois, mes petits-enfants y habiteront aussi. » Rien n’est moins sur…

Bateau, sur l’herbe

Un rien mélancolique devant cet égalitarisme à tout crin, nous voici repartis. Direction un charmant moulin à marée. Ils sont une véritable spécialité locale, construits parfois dès le XIIe siècle. Avec un système très ingénieux et très simple : établis sur une digue, ils laissaient entrer l’eau avec la marée montante, le jusant (la mer qui se retire) entraînait les roues qui faisaient tourner le moulin. Hors service depuis le début du XX siècle, ils s’égrènent comme des perles tout autour du Golfe.

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Un « cata »rose au vert/juin 2014/photo elisabeth cadot

Et puis surprise, à peine passée la digue, son moulin et quelques maisons qui bordent la mer : un embranchement. On peut soit poursuivre sur le sentier côtier, soit prendre une petite route qui s’en va rejoindre la départementale. Et au beau milieu d’un jardin, un gigantesque catamaran (voilier) rose Barbie, échoué comme une baleine. « Naviguez Anne Caseneuve » peut-on y lire. Et aussi sa mission : « Teambuilding » en globish. Bref, le programme du management basique à la sauce marine. Décalé dans ce lieu paisible et hors du temps. Rassurez-vous, dans quelques jours, la grosse bête aura disparu…

copyright elisabeth cadot

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